Comment Cultiver La Sagesse ?
Dans ce qui précède nous avons défini la sagesse comme étant à la fois vertu et connaissance inspirée (lumière). Cette lumière est d’origine divine car c’est Dieu qui détient les clefs du connaissable et de l’inconnaissable. Et pas une feuille qui tombe ou une graine des ténèbres de la terre, qu’elle soit frais ou sec sans qu’il soit consigné dans un Livre explicite (Les Bestiaux : 59).Afin d’être éclairé de ce mystère, l’homme doit bénéficier de l’agrément d’Allah. C’est ainsi qu’il peut s’adonner au culte de la sagesse.
En effet, l’intellect peut être considéré comme un jardin dans lequel l’homme cherche à faire fleurir l’arbre de la sagesse. Il dispose de graines « information et observation » qu’il doit semer dans la terre de l’intelligence. Pour une bonne germination, il exige de l’eau (l’entendement), de la lumière (la raison) et de la chaleur (la volonté). L’entendement exige de sa source (le cœur) la pureté afin d’assurer l’humidité.  La raison quant à elle demande à la conscience la lucidité afin d’éviter tout éclipse et assurer la photosynthèse. Et pour ne pas qu’il se relâche, la volonté puise de l’âme son énergie pour assurer la constance. C’est ainsi qu’il en sort la pousse qui se raffermit, s’épaissit puis se dresse sur la tige à l’émerveillement du semeur (La Victoire : 29). Pour assurer la bonne récolte, l’intellect exige un environnement viable et cultivable. C’est ainsi que la piété est devenu un élément indispensable dans cette quête des fruits de la sagesse. Car « la connaissance est une lumière divine et elle n’est attribué qu’aux pieux » nous dit Imam Châfihi. La sagesse est fille de l’expérience dit-on souvent. Dans le Coran, Dieu nous cite l’exemple de Salomon dans sa quête de sagesse. Ceci, à travers une série d’épreuves qui participent chacune à son ascension à ce stade suprême de la perfection.
Le discernement et le sacrifice à travers le défilé des chevaux de course qui l’a poussé à rater son heure de recueillement avec Dieu. « Quand un après-midi, on lui présenta de magnifiques chevaux de course. Il dit : «Oui, je me suis complu à aimer les biens (de ce monde) au point [d'oublier] le rappel de mon Seigneur jusqu'à ce que [le soleil] se soit caché derrière son voile. Ramenez-les-moi.» Alors il se mit à leur couper les pattes et les cous » (Saad : 21-23). La considération, la gratitude et la reconnaissance sont les leçons de sagesse que le Seigneur lui a enseignée dans sa conversation avec la fourmi. Car l’homme est vaniteux à tel enseigne qu’il oublie parfois les grâces de son Seigneur. « Il sourit, amusé par ses propos et dit: «Permets-moi Seigneur, de rendre grâce pour le bienfait dont Tu m'as comblé ainsi que mes père et mère, et que je fasse une bonne œuvre que tu agrées et fais-moi entrer, par Ta miséricorde, parmi Tes serviteurs vertueux». (La fourmi : 19). L’épreuve du coup d’état a été une leçon de prudence, de bon sens et de repentance pour une meilleure gestion de son pouvoir. « Et Nous avions certes éprouvé Salomon en plaçant sur son siège un corps. Ensuite, il se repentit » (Saad : 34). C’est ainsi que Dieu lui témoigne du don qu’il venait de lui attribuer «Voilà Notre don; distribue-le ou retiens-le sans avoir à en rendre compte» (Saad : 39). Il s’agit bien évidemment de la sagesse. Et le Coran de nous dire que son attributaire bénéficie d’une richesse immense et prospère. Mais cette richesse doit être mise au service de l’humanité.


La Sagesse : Un Catalyseur Entre Pouvoir et Autorité
Le pouvoir est le propre du Seigneur. Il détient l’autorité absolue, l’attribue et le retranche à qui Il veut. Il est le dominateur suprême et le plus sage des juges (La famille d’Imran : 26). Pour Serigne Moustapha Sy, le pouvoir est un cercle à trois niveaux (politique, économique et religieux). C’est donc un pluriel bien singulier. Son attribution à l’homme relève d’un examen de ses compétences et valeurs dans sa mission de vicariat de Dieu sur Terre. Mais Dieu exhorte l’homme de maintenir d’abord l’équilibre et l’harmonie dans son microcosme, d’y exercer son autorité et son pouvoir pour espérer une réussite de sa mission. C’est ainsi qu’un adage de la société Wolof nous dit : « avant de prétendre à un pouvoir et exercer une autorité sur les hommes, réussis le en toi-même » . Une distinction nette entre pouvoir et autorité s’impose. Le pouvoir est donc matériel mais l’autorité est personnelle.
En effet, le pouvoir est un ensemble d’aptitudes conférant à un individu la capacité d’agir. Il peut être sous plusieurs formes : politique, judiciaire, législatif, éducatif… Son action oscille entre l’imposition dans un cadre hiérarchique et la négociation sur les moyens d’agir. L’autorité quant à lui est un pouvoir légitime. C’est une denrée qui vient en renfort au pouvoir afin de lui conférer toute sa souveraineté. Elle repose principalement sur le partage des valeurs et l’inspiration d’une vision.
La clé des dirigeants du pouvoir d’aujourd’hui, particulièrement les politiciens, réside dans l’influence et non plus dans l’autorité. L’homme de pouvoir fait recourt soit à la démagogie, à la coercition, à la force voire même la violence pour bénéficier de l’obéissance civile. C’est pour cette raison qu’on parle de crise d’autorité qui n’est en fait qu’une crise de légitimité.
Contrairement à l’homme d’autorité qui n’a nullement besoin d’user de la force ou de la violence car bénéficiant de l’adhésion sans réserve et de la confiance totale des hommes. C’est ce qui lui attribue toute sa légitimité parce qu’ayant cette substance de qualité qu’on appelle « la sagesse ». Et Serigne Babacar Sy de nous signaler que « mieux vaut être dans le cœur des hommes que sur leurs champs de vision » parce qu’on gouverne tout sauf le cœur.
Et pour bénéficier de cet attribut, Salomon héritant le pouvoir de son père David ne s’est pas empêché d’invoquer Dieu de lui faire don d’un pouvoir légitime dans lequel adhère tout son peuple. Pour jauger sa sagesse, le Seigneur lui demande de faire le choix entre le pouvoir, la fortune et le savoir. Et le prophète de l’Islam de nous dire que c’est parce qu’il a choisi le savoir que Dieu lui a confié un pouvoir et lui a attribué une fortune sans égale.  C’est ainsi que durant son règne, Salomon nous enseigne quatre leçons fondamentales de sagesse dans la bonne gestion du pouvoir.
La première est une leçon du sens de la responsabilité. Prendre une responsabilité, c’est accepter de porter un fardeau et d’en assumer la charge qui peut être légère si l’on suit la bonne voie. La responsabilité est liée à la conscience que l’on a de ce qui nous est confié et de chaque acte que l’on pose. Elle ne s’affiche pas dans les discours ostentatoires parce que silencieuse et l’acte en est un parfait témoin. Et le pouvoir ne peut être responsabilité que lorsqu’il rend service.  Le sens de responsabilité nous pousse à être au cœur de ce qui nous est confié au point d’être informé de tout ce qui s’y déroule. C’est ainsi que Salomon, passant en revue les oiseaux a pu remarquer l’absence de la huppe et s’est inquiété de son sort. Parce que celle-ci est sous sa responsabilité. Dans la réponse que lui a fournie la huppe « …je détiens une information dont tu n’as pas idée… » (La fourmi : 22) nous vient une leçon du sens de l’écoute et de la patience pour le responsable.
La deuxième fut sur les principes de base d’une relation diplomatique. L’honneur, la sincérité, la fidélité et le respect dans l’engagement sont les principaux axes que Salomon a inscrits dans la lettre de créance destinée à la Reine de Saba. Ceci pour nous mettre en garde contre toute relation « oppresseur et opprimé ». Et le prophète Mouhamed (Paix et Salut sur Lui) nous conseille de considérer Dieu comme la base de toute relation fraternelle ou diplomatique afin d’assurer la concorde, l’unité et l’entente. C’est ainsi que Serigne Moustapha Sy attire notre attention sur deux aspects : « être un opposant et être en position d’opposition » . C’est-à-dire être dans deux camps différents ne doit nullement susciter la haine ou la jalousie entre les hommes. Car celles-ci sont les précurseurs de toute divergence dans une relation qu’elle soit amicale ou diplomatique. Il suggère de réinterpréter cette opposition pour mieux servir l’humanité. Et pour relever ce défi, l’aumône en tant que purificateur de l’âme et du cœur nous aide à accepter l’autre tel qu’il est et nous invite à éviter de lui causer du tort. Ainsi une cohabitation pour le meilleur afin d’éviter le pire s’impose.
La troisième leçon nous parvient de la réponse de la reine de Saba qui tenta de soudoyer Salomon par des cadeaux. « Moi, je vais leur envoyer un présent, puis je verrai ce que les envoyés ramèneront » (La fourmi : 25). Parce que jugeant que les hommes de pouvoir sont les principaux acteurs de la décadence des cités en faisant de ses honorables des humiliés. Mais Salomon le Sage a refusé catégoriquement les présents qu’il considère comme moyen de corruption. « Est-ce avec des biens que vous voulez m'aider? Alors que ce qu'Allah m'a procuré est meilleur que ce qu'Il vous a procuré » (La fourmi : 36). Parce que si l’homme se satisfait de ce que son Seigneur lui accorde, il devient incorruptible. Mais ceci n’est pas chose facile. Car nous vivons dans un monde corrompu où l’argent est devenu l’unique et la principale divinité. Parce que nous croyons tous que « Time Is money ». Et pour échapper à cette tentation, Serigne Moustapha Sy nous propose la prière parce que nous préservant de la turpitude et du blâmable. Donc une consolidation de l’énergie de la prière dans nos actes quotidiens devient une nécessité. C’est seulement ainsi que l’homme peut rester en parfait contact avec son Seigneur dans les heures de prière comme en dehors parce qu’étant parmi ceux «qui sont assidus à leurs Salaats » (Les voies d’ascension : 23). Pour Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy, le culte ne sacralisant pas le quotidien de l’homme est un potentiel danger. Il le compare à l’engrais à la surface d’un sol, qui à défaut d’un bon dosage peut s’améliorer ou s’écraser dans le sol.
La dernière leçon fut délivrée lors de la préparation de la réception de la reine dans le palais de Salomon. C’est dans la gestion harmonieuse et décentralisée du pouvoir. Ayant toutes les potentialités pour ramener le trône de la reine, Salomon demanda à ses collaborateurs d’effectuer cette mission « O notables ! Qui de vous m'apportera son trône avant qu'ils ne viennent à moi soumis ? » (La fourmi : 38). L’homme, avide de pouvoir voudrait une résurgence du géocentrisme dont la science a démontré par des preuves évidentes son irréalisation depuis des siècles. C’est de là même que naquit chez l’homme l’abus de pouvoir qui engendre une crise d’autorité. Et pour s’en préserver, Serigne Moustapha Sy nous propose le jeûne. Car nous aidant à se priver de ce qui ne nous revient pas de droit et nous éloigne de toute futilité. Et la réplique de Salomon, lorsque ses collaborateurs s’agitaient pour accomplir une telle mission fut une grande leçon de sagesse. C’est une reconnaissance qui témoigne que seul Dieu est le détenteur du pouvoir et de l’autorité et que l’homme malgré tout n’en dispose pas plus qu’une poignée de sable« Cela est de la grâce de mon Seigneur, pour m'éprouver si je suis reconnaissant ou si je suis ingrat » (La fourmi : 40).
C’est ainsi que la Reine de Saba, impressionnée par la sagesse de Salomon n’a pas hésité à se repentir de ces erreurs du passé et de le rejoindre dans sa cause. Celui de servir l’humanité pour le compte du Tout-Puissant «Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même: Je me soumets avec Salomon à Allah, Seigneur de l'univers».
En définitive, la sagesse est à la fois vertu et savoir qui œuvre pour l’harmonie dans la vie de l’homme. Une distinction radicale du savant et du sage s’impose. Parce que le sage est « intellectuellement outillé, moralement armé et socialement utile » pour servir l’humanité pour le compte du Seigneur. Et l’édification d’une société modèle requiert l’existence et la disponibilité de modèles. Ceci afin d’assurer pour l’humanité une politique saine, une économie légale et une religion à l’image du Seigneur afin de la guider vers le salut.

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Djibril Seck

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