“ En matière de comportement religieux, toute forme de prestige ou d’extravagance s’inspirant d’un narcissisme inouï rebute le ciel. N’est ce pas là les signes distinctifs de l’ignorance ou encore de la mécréance ? » rétorque Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy. Une façon assez symbolique pour le tribun de Tivaouane de dénoncer les méfaits de la démarche de l’humanité face aux systèmes, mais aussi ce qui fait que l’on passe d’échec en échec : « Toute forme d’échec de la race humaine symbolise en même temps la grandeur du divin. Qu’elle soit d’ordre politique, religieux, traditionnel ou même confrérique, elle devrait avoir pour suite une honnêteté marquée par la nécessité de tout remettre entre les mains de Dieu, et non une ridicule aspiration à la démagogie en tant que leader. » 

Il est des valeurs qui devraient convenir à l’être humain en tant que représentant de Dieu sur terre. Des valeurs que même l’athéisme, aussi obscur soit-il comme forme de pensée, ne pourrait nullement réfuter. Et c’est justement celles qui devraient conduire cette planète. Qu’il s’appelle chef politique, guide religieux ou encore chef traditionnel, l’idéal serait pour lui de s’y soumettre. L’essentiel, c’est d’avoir de la foi en quelque chose. L’humanité a sombré, depuis le début du 21ème siècle, dans une période de troubles qui ne dit pas son nom. En 2003, Al Maktoum a préconisé, lors de son discours du Gamou à Tivaouane, une refonte des systèmes à défaut de mondialisation. « Tous les systèmes sont mal fichus. A quoi bon vouloir mondialiser ? », se lamentait-il. Cinq années plus tard, il revenait sur cette situation plutôt délicate, notamment en soutenant avoir précisé à Jean Baptiste Colbert, philosophe à la clairvoyance distinguée, que l’occident ne doit nullement intellectualiser la médiocrité et la haine. Et ce dernier de préciser : « En France, la pire des erreurs a été de laisser des impénitents prendre en main la révolution. Qu’ont-ils fait si ce n’est de tuer toutes les valeurs chrétiennes qui faisaient de notre pays un exemple ? » Et depuis, le pays du Général De Gaule est devenu cette sorte de Marianne qui ne cesse de s’engouffrer dans un labyrinthe des plus complexes.

Chez nous, l’échec se manifeste du point de vue social de façon remarquable. Ecoutons l’homme à la djellaba : « Nous vivons dans une société moralement polluée. Une société où la nature profonde ne répond à aucune exigence tout aussi profonde, et où l’économie de traite et le salaire façonnent l’individu. »  Que dire donc d’une contrée ou les « gran’place » et autres lieux de rencontres privilégiés des adeptes du verbiage prennent le pas sur les projets de société ? La religion, chrétienne comme musulmane, a vu ses hommes d’action jouer pleinement leur rôle de régulateur. Qu’il s’agisse d’Abbé Jacques Seck,  de Mame Abdoul Aziz Sy Dabakh (rta), ou encore de Serigne Cheikh Mbacké Gaindé Fatma (rta), tous ont retroussé les manches et lutté contre de telles pratiques. Mais la conscience collective n’a nullement considéré que le comportement social soit un pilier de la chose religieuse.

L’échec politique a pour nom « une promotion d’ambigüités nées de la politique politicienne ». Elle se manifeste par le fait que nos chefs ont adopté le proxénétisme politique comme tremplin, à défaut du bon sens. « Il y’a des gens qui se sentent si immunisés contre la vérité et le bon sens chaque fois qu’il s’agit de s’agripper à ce qui leur reste comme lambeaux de pouvoir », précisait Serigne Cheikh Tidiane Sy. Que dire donc de ce membre de gouvernement qui eut l’audace de soutenir face à Al Maktoum «  Plutôt mourir que de perdre mon portefeuille ministériel ! » ? Réponse ne pouvait être plus tonitruante que celle du Saint Homme, avec la franchise qu’on lui connait : «  C’est le protocole qui vous séduit donc et non le travail. »

Au pays de Senghor, la crise a aussi eut pour soubassement l’application d’une démarche politique pour une décision d’ordre économique désignée par le concept de dévaluation, et ceci depuis 1994. Ce fut surtout l’occasion pour le fils d’Ababakar Sy d’en venir à des principes tout aussi universels, et enseignés par le coran : « Une civilisation n’est digne que quand elle place l’âme au dessus des vertus, bien que celles-ci soient les valeurs qui permettent à l’humanité d’être réellement humaine. Et il y’a les avoirs matériels qui ne demandent qu’a se mettre au service des vertus, afin que la hiérarchie soit respectée. Ames+vertus+avoirs matériels égalent civilisation. »

L’humanité ne cesse de verser dans une démarche qui multiplie les crises des systèmes. Al Maktoum aimait à les citer en faisant référence aux termes wolof « reuyou fitreu » (prétention) et « reuyou protocole » (prestige). Si le premier est de l’ordre du monde arabe, le second symbolise toutes les tracasseries de l’occident, ce monde avec lequel l’on a connu toutes sortes de bavures telles l’esclavage et la colonisation. Et chez nous, l’un comme l’autre sévissent…le problème des castes n’est-il pas une parfaite illustration de la prétention ? Le chantre politique ne rappelle t-il pas cette vulgarisation insignifiante du prestige ? Des vicissitudes qui avaient  rendu un vieux paysan sénégalais nostalgique, au point de se demander : « Mais quand est ce que l’indépendance prendra t-elle fin? »

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

Senpresse.Com

 

 

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