Maam Cheikh

Maam Cheikh

C’est le portrait d’un natif de Sérignac-sur-Garonne en France, présent chez nous depuis 27 ans. Un P.D.G élevé au grade de commandeur de la légion d’honneur au Sénégal en 2001 qui, un jour, manqua de respect, et de la façon la plus flagrante qui soit, à son premier collaborateur, en l’occurrence le Chef de l’état. L’on se rappelle de son attitude qui fleuretait avec un mépris doublé d’un manque de respect inadmissible lorsqu’il cria, dans le cadre du forum organisé par le patronat marocain sur l’investissement : « Macky ! Ca va ? » Voila Gerard Senac ! Comme quoi, la légèreté dangereuse, cette anomalie que les adeptes de la spiritualité considèrent comme étant à l’origine de toutes les vicissitudes de notre temps, a aussi sa place dans le monde du management et de la gestion des entreprises.

 il n’y a que les grands missionnaires qui savent faire montre d’un respect doublé d’une courtoisie mesurée. Mais une attitude comme la sienne ne peut que témoigner de la personnalité de l’homme : un patron-pour ne pas dire leader, ce mot exigeant l’adoption de forces psychologiques remarquables-dont la personnalité témoigne d’une légèreté en termes de gestion et de suivi des projets qui lui sont confiés. Chevalier de la Légion d'honneur, commandeur de l'ordre national du lion, chevalier de l'ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures, commandeur de l'ordre des arts et des lettres, ordre souverain de malte de la croix de commandeur « pro Merito Melitensi » et, pour couronner le tout, officier de l'ordre National du Mérite, comme s’il méritait les privilèges accordés par l’état dans le cadre de la présence d’Eiffage chez nous.

C’est le récit tragique d’un génie de l’art musical dont le langage corporel et l’articulation des mélodies avaient fini de s’imposer chez nous. Un confrère de la presse, imbu de la musique du groupe Gelongal, raconte : « Quand sa voix retentissait, elle faisait à la fois vibrer le cœur du peul, fendre la bouche du mankagne et esquisser des pas de danses à la jeune fille mandingue ou diola. » Comme quoi, la passion et le dévouement furent les mots maitres symboles de la carrière de Papis Gelongal,  et ceci jusqu’à ce que la faucheuse frappe fort, dans des conditions qui méritent de crier haut et fort : « Oui pour une collaboration avec la France, sauf que nous ne voulons pas de cette France là ! »

 Pourquoi repeindre les portraits des deux hommes ? Leurs destins ne se sont peut être pas croisés, mais il faut oser avouer qu’Eiffage, société  dont la direction est assurée par Gerard Senac au Sénégal, est comme responsable de ce qui est arrivé. Dans ce domaine précis, nos rapports avec les gens de l’autre coté de la péninsule doivent être revus ? Nous sommes loin de « vauter », comme pour reprendre ce verbe crée de toutes pièces par la publicité pour à la fois vendre des fromages et promouvoir une forme de pensée que le Général de Gaule à laisser comme concept.

 « La France, qui avait l’habitude de nous envoyer de grands missionnaires, ne nous envoie plus que de simples salariés », rétorquait assez souvent Serigne Babacar Sy (rta) de Tivaouane, s’insurgeant ainsi dans un débat qui reste d’actualité. Nos dirigeants, dépourvus à la fois de patriotisme et d’intégrité au sens économique du terme, préfèrent confier les missions les plus prestigieuses qui puissent contribuer au développement à des étrangers qui n’ont d’yeux que pour le profit, et loin de convoiter les valeurs à saluer dans ce domaine.

Ousmane Sembene, en génie du septième art et de la profonde réflexion, laissa cette prophétie à la conscience universelle lors de sa dernière interview: « Le colonialisme animé d’une tendance hégémonique est beaucoup plus acceptable que ce qui se passe présentement. Avant, c’était nos terres qui étaient occupées. Aujourd’hui, ce sont nos consciences qui le sont. » Il s’agit là d’une « chose » qui sévit toujours en afrique francophone. Chez nous, elle fait qu’un chef d’état peine à réaliser des actes concrets parce qu’évoluant sous le joug de la présence de l’étranger dont les insuffisances risquent de faire payer tout un peuple.

Eiffage Sénégal, celle là qui nous avait promis une sorte de « jaillissement de lumière » comme pour évoquer des avancées considérables dans le domaine de l’électricité, peine toujours à éclairer et sécuriser une autoroute dont la chérté du cout du passage et l’obscurité sont d’actualité. L’on se rappelle, il y’a trois années, de Gora Thiam, ce commerçant victime du même sort que Papis Gelongal, parce que mort d’un accident sur l’autoroute à péage. Il avait, en effet, heurté une vache dans une partie non électrifiée de l’autoroute à péage.

Gérard Senac n’avait t-il pas dégagé en touche toute défaillance mettant en cause la responsabilité d’Eiffage ? Qui est il pour pouvoir toujours sortir vainqueur des « cafouillages » les plus injustes dans lesquels s’engouffre son entreprise ? Quoi de plus calomnieux que de faire payer 112.000 de nos francs pour une remorque, une sortie de l’autoroute et un acheminement de la voiture de l’artiste chez lui, alors que l’on sait que son décès remet en cause la négligence de ceux qui gèrent cette autoroute ? Espérons que l’état du Sénégal pourra nous élucider face à cette situation tout aussi révoltante. Le ridicule ne tue plus chez nous, mais la légèreté et l’incompétence, elles, font des victimes. Que la terre soit légère au regretté Papis Gelongal !

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

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Nelson Mandela, légende vivante de « la nation de l’arc-en-ciel », confie : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » Une conception qui a su depuis toujours inspirer des pionniers, ceux là qui veulent faire de la formation d’élites un détonateur des plus redoutables. Chez nous, elle est maniée depuis des décennies par tout un système qui peine à donner un sens à sa puissance. Quoi de plus inquiétant que de confier une arme tant convoitée à un impénitent du far West qui tire comme bon lui semble, peine à toucher sa cible, mais daigne abandonner ou confier la chose ?

« Il est de tradition que quand on ne sait où l’on va, l’on doit rebrousser chemin pour retourner à notre point de départ », nous dit le dicton wolof. La prophétie, elle, est d’un sage de chez nous, et suppose : « Le fait de retourner d’où l’on vient n’a de sens que si l’on rompt avec ce qui fait que l’on se sent perdu. » Comme quoi, cette forme de myopie qui empêche ceux qui veulent mener le système éducatif de faire face aux réalités se doit d’être guérit.

C’est l’histoire de Jean Dard, jeune instituteur français  de 28 ans qui fit un geste plus que symbolique pour un enfant de la douce France en Afrique. En effet, à l’heure ou le retentissement des canons était synonyme de tendances hégémoniques de l’ère coloniale, le jeune prodige fut le premier à construire une école au Sénégal. Les conservateurs parleront là d’un désir de vouloir « enseigner la culture occidentale à des fins impérialistes ». Mais l’essentiel, c’est qu’il y ait culture, d’autant plus que la destinée de nos enfants alphabétisés n’est plus entre leurs mains.

Jean Dard a inventé « une école au Sénégal », et non « l’école sénégalaise. » Celle-ci résulte d’un désir d’édifier une citadelle de l’éducation alors que celle là devrait être le centre de rayonnement de ceux qui évoluent dans un cercle tout aussi vicieux : l’état, les enseignants et les élèves. L’urgence devrait être une nécessité de « façonner des hommes de culture », c’est-à-dire des adeptes du savoir, de la discipline et de l’évolution, et non de simples produits d’un système avec pour soubassement un scepticisme ambiant, histoire de reprendre le concept d’un philosophe de la trempe de Souleymane Bachir Diagne.

 Les mesures prises ne permettent point d’éduquer, et au rythme ou vont les choses, le fait d’enseigner de façon convenable est comme bannie. A qui la faute ? Un jeune activiste et chroniqueur passionné de causes citoyennes aime à se lamenter : « tant que l’on mise sur le fait d’élever à défaut d’éduquer, l’on se perdra éternellement dans les dédales de la crise en question.» Comme quoi même les mots pèsent lourds dans ce domaine précis.

Interrogé sur la nécessité de donner son avis sur la crise en question, un enseignant sénégalais affirme : « Le scénario est plus que décevant. II s’illustre à l’image d’un jeu du chat et de la souris, avec pour concernés et les enseignants et les gouvernants. Les 40% alloués à l’éducation couvrent l’investissement dans les charges liées à l’édification d’écoles et de toute la logistique qui va avec, et non aux enseignants. Même l’opinion publique peine à cerner une telle approche, et ne cesse de condamner les grèves à répétition. » En peignant les conditions difficiles liées à l’exercice de leur noble métier, il rétorque: « A Saboya, non loin de la frontière gambienne, village ou  je servis en tant qu’enseignant pendant  une décennie, il m’arrivait d’alterner voyage en charrette et traversée d’eaux pour rejoindre les lieux de tenues d’animations pédagogiques. »  A cela s’ajoute un cadre de contestation à l’atmosphère décevant. Et notre enseignant de s’insurger: « La lutte syndicale a à sa tète des personnes qui ont finis de bannir l’intérêt commun au détriment de leurs propres avantages. Toute forme de noblesse en matière de cause syndicale liée à l’enseignement est comme révolue. Je n’abandonnerai point ma classe de CM2 pour une lutte dépourvue de toute forme de contestation sérieuse. »

Il faut être désorienté au point de souhaiter une année scolaire blanche au régime actuel, et ceci pour justifier des ambitions aux élans de politique politicienne. A quoi bon vouloir faire subir un tel préjudice à l’état avec pour victime nos enfants ? Aussi Il y’a un impératif qui va au delà du fait d’attribuer à la solution ainsi trouvée une tendance à la cacophonie, notamment en précisant que cela est venue de la première dame ou encore que le rôle joué par le chef de l’état est aussi capital, c’est de prendre conscience d’un fait : une année scolaire à été sauvée de justesse et non un système éducatif. Système qui ploie toujours sous le truchement d’un programme s’inspirant d’une inertie totale en termes d’évolution, d’un niveau des enseignants qui ne cesse de s’affaisser, de la lutte contre des phénomènes tel l’usage du tabac à l’école…

Et si Serigne Mbaye Thiam prenait ses responsabilités en se prononçant convenablement sur « le prolongement de la concrétisation des promesses faites ? » Et si, à défaut d’y parvenir, il s’emparait de la sagesse de démissionner ?  Ah ! Qu’il fut nostalgique de son passé d’élève du prytanée militaire, au point même de l’affirmer, à la dernière célébration de la fête de l’indépendance au Sénégal ! En attendant, ceux qui en veulent à ce « système scolaire de la honte » ne sont nostalgiques que d’une chose : c’est de revoir l’école sénégalaise retrouver sa valeur d’antan. Cela fait 201 ans que l’on alphabétise des générations pardi !      

 

Maam Cheikh

chroniqueur

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« En tant que Chrétien, j’ai toujours préféré une belle mort plutôt que de m’emparer d’un pouvoir qui ne m’appartient pas », se confessait assez souvent le président poète Senghor. Ses inconditionnels aiment à rappeler l’amertume peinte d’un état d’ébriété dans lequel le poète natif de Joal se trouva un jour. En effet, l’auteur du recueil poétique Ethiopiques fut choqué par une chose : le fait que ses collaborateurs immédiats affirment que le vocable « pouvoir » coïncide avec le terme « ngour » en wolof –entendons par là une monarchie-. Comme quoi en matière de gouvernance, les termes d’usage chez l’élite en charge de la destinée d’un peuple pèsent pour beaucoup, parce qu’ils traduisent l’état d’esprit avec lequel elle compte gouverner.

Chez nous, le contexte politique est devenu plus complexe. Nous ne sommes plus à l’ère des démêlés Dia-Senghor ou encore des confrontations d’idées qui exigeaient que Wade profite d’un défaut de communication de l’adversaire Diouf pour opérer une « riposte d’idée ». Voila pourquoi cette répétition de l’histoire-le même scénario s’est reproduit en 1992, avec l’exigence de 10.000 signatures aux candidats non affiliés à un parti politique- a choqué plus d’un.

Au-delà des prises de décision d’ordre constitutionnel, il y’a ce qui est, selon Albert Camus, « une protection de la minorité et non une loi de la majorité » : la démocratie. Un principe qui semble méconnu des députés de la majorité qui ricanaient dans la sphère qui leur servait d’hémicycle au moment ou, dans des coins et recoins de Dakar et d’ailleurs, l’on procédait à des arrestations de leaders et de « manifestants anti-parrainage ». C’est que, chez nous, le parlement restera à jamais une citadelle dont l’intérieur ressemble à un plateau de guignols férus des ambiguïtés de la politique politicienne.

C’est le portrait d’un juriste qui fut considéré comme un homme d’ouverture à l’argumentaire pointu et à la sérénité qui avait cessé d’être admiré dans les amphithéâtres de l’Université de Dakar. C’est aussi ce professeur vêtu d’un boubou marron qui, cachant ses yeux derrière des lunettes qu’il ajustait tantôt, confiait sur la tribune des Universités du Ramadan des Moustarchidines le mardi 17 aout 2010 à Yoff : « En matière de constitution, il n’y a pas que l’intérêt étatique, les élections et le prolongement de la durée du mandat présidentiel qui incombe. Le plus important reste la protection des droits des citoyens. »

 Que dire donc de l’amalgame dans lequel il s’est engouffré, et qu’il assimile à « un grand pas pour la démocratie » ? Certaines lois sont comme folles, et la jurisprudence restera à jamais insignifiante face au bon sens.

Au pays des damels et signares, la chose la plus cruciale pour qui enfourche le cap de responsable politique est de commencer par apprendre la psychologie du citoyen sénégalais. Ceux qui se sont rués dehors pour des manifestations sont, pour la plupart, des néophytes de la constitution et des projets de loi. Certains même interpellaient les journalistes sur le terrain pour leur demander le chemin qui mène à l’assemblée nationale. Cependant ils ont plus ou moins un point en commun, et c’est ce qu’on pourrait appeler « la jonction contexte-constat ». Celui-ci prévoit qu’on ne touche pas à une constitution à dix mois d’une échéance électorale, aussi valable soit-elle juridiquement parlant, alors que celui là stipule qu’il y’a des gens qui ont déjà fait leur preuve en termes de «dédoublement de personnage » parce qu’ayant renoncé à leurs principes d’antan. C’est le cas de ce juriste de ministre qui affirmait en cette même nuit de l’année 2010 à Yoff:  « Notre rapport social au pouvoir doit être revu. Le pouvoir ne doit point être mystifié, et nous devons cesser de croire qu’occuper une fonction ministérielle est une forme de réussite. Il y’a des responsabilités beaucoup plus prestigieuses que d’être ministre, député ou président de la république. Un chef d’état n’est point plus responsable qu’un médecin qui soigne au moins trois patients par mois. Cette hypertrophie du pouvoir politique doit être bannie. »

 Comme quoi le peuple a sa loi qu’elle dicte aussi aux gouvernants, bien qu’elle soit dépourvue de toute légalité constitutionnelle. Mais en s’engageant dans un labyrinthe aussi complexe, le ministre de  la justice ne se pense t-il pas « plus légale que ce peuple avant même que la légalité ne puisse trouver un sens suite au recueillement d’avis de la part de l’opposition ? »   

La situation actuelle, plutôt abracadabrante, devrait sans nul doute plaire à Ismaela Madior Fall. C’est comme si c’est son vœu de voir chaque citoyen ne plus admettre complaisamment l’autorité des chefs de l’ordre étatique qui se réalise. Que dire donc de l’aspect juridique de la chose ? Idrissa Seck a dénoncé  une sorte de chantage d’état, Ousmane Sonko une « forfaiture » et El Hadj Issa Sall une modification d’une loi verrouillée il y’a de cela deux ans. Pour ce dernier, la loi sur le parrainage est à la fois grave, impopulaire, inopportune, paradoxale et inapplicable, voire même dangereuse, vu les conséquences auxquelles les forces de l’ordre ont du faire face dehors, tout comme les leaders arrêtés.

Le conte d’Andersen nous enseigne qu’il est souvent difficile de trouver, dans la cour, quelqu’un qui ait le courage de crier haut et fort : «  le roi est nu ». Chez nous, il n’y a de situation plus complexe que celle qui équivaut à une dénonciation d’une insuffisance en matière politique. Qu’il s’agisse d’une fin de règne ou pas, l’atmosphère actuelle doit être observée, par le peuple, avec l’œil de la clairvoyance. Les conflits les plus cités de l’histoire, notamment les deux guerres mondiales, aussi tragiques soient-elles, ont pu permettre à l’occident de bénéficier d’un ressourcement purificateur. Mais le peuple sénégalais peine à faire une lecture assez correcte des événements auxquels il fait face. A quoi bon continuer à revendiquer une nouvelle conscience en matière de gouvernance si l’on ne sait que faire du proxénétisme politique qui sévit depuis des lustres ?

 En attendant, l’histoire politique de ce pays retiendra « ses deux jeudi de lutte contre une forme d’entorse à la démocratie » : Le régime libéral a eut « sa journée du jeudi 23 juin 2011 », celle de Macky Sall son fameux « jeudi 19 avril 2018 », avec leurs lots de contestations et de conflits. Que le peuple juge les deux à leur juste valeur, au risque de rejoindre ceux qui, comme le disait un leader politique sénégalais, peinent à tirer des leçons d’un événement pour prendre les décisions qui s’imposent. En attendant, le remue ménage au sein de l’opposition continue.   

Maam Cheikh

Chroniqueur

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mardi, 17 avril 2018 13:39

Lettre Ouverte A Seydi Djamil Niane

                                                        Mon cher frère,

« L’islam est un tremplin, et le plus sur pour guider l’humanité vers le salut », nous confie l’auteur de pour ceux qui comprennent et ceux qui veulent comprendre l’islam, en l’occurrence Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy. Je n’ai pu trouver de maxime plus illustrative pour résumer ce que mon « oreille de la compréhension »,-pour reprendre le concept de Thierno Bokar que tu cites pertinemment dans ton ouvrage,-a pu souffler à ma conscience en quête de connaissances profondes.

J’ai parcouru avec une fierté immense, et avec l’attention religieuse que cela exige, Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier, ton ouvrage dont la profondeur et le style ont fini de séduire d’aucuns. Cette fierté se résume en cette formule que je me suis répété en monologue : « En voila un, parmi mes frères en Dieu, qui a su cerner la seule et unique chose qui puisse procurer à la jeunesse musulmane un souffle nouveau dans ce contexte de crise générale et généralisée : la quête de la spiritualité. »

Les écrits d’Eric Geoffroy, que tu cites dans ton ouvrage, restent des exemples frappants dans ce contexte précis. André Malraux avait raison d’anticiper sur la nécessité de moraliser nos systèmes en ayant pour pierre angulaire la religion. Mais à l’état actuel des choses, c’est le spirituel qui devrait servir de gouvernail pour la barque de ceux qui peuvent être considérés comme des élus : les musulmans.

Mon cher frère, tu t’inspires d’un contexte, je pars d’un constat : la réalité qui se dessine dans un pays comme le nôtre mérite qu’un chercheur de ta trempe puisse s’exprimer sur une sorte de « délaissement de la spiritualité au profit d’une forme de pratique plus ou moins traditionnelle ». La jeunesse musulmane peine à s’enraciner des principes fondamentaux de la religion. Chez nous, le rituel a prit le dessus sur le spirituel. L’on tend plus à une pratique guidée par l’inconscient-pour ne pas dire l’ignorance face à une religion qui spécule sur la quête du savoir.

Si l’auteur de l’islam sera spirituel ou ne sera plus évoque une inversion des valeurs, quel dénouement pour le « projet métaphysique de l’islam » pour la jeunesse musulmane ?  Je dirai même qu’il y’a plus qu’une inversion de valeurs, mais un règne de tendances. Les valeurs se font rares à l’image de la nature morte qui laisse place à des espaces industriels et mécanisés. Un grand de la confrérie Tijanya a invité ses condisciples à avoir une perception de la chose coranique plutôt authentique en précisant : « Le livre saint contient des versets qui ne sont pas qu’a mémoriser, elles doivent aussi être maitrisées. Leurs recommandations doivent, à défaut d’une simple pratique, faire l’objet d’une application réfléchie. » C’est là tout l’aspect spirituel de la chose : faire de sorte de sanctifier toute forme de dévouement des recommandations religieuses. Même l’invocation, bien que prescrite, se doit d’être inscrite dans une dynamique spirituelle, afin de ne point être dépourvue de sacralité. « On ne dérange pas le protocole du trône pour quelque chose d’insignifiant », nous confie Seydil Hadj Malick Sy (rta) de Tivaouane. Zikr comme Fikr devraient surtout contribuer à la réalisation de cet idéal, mais elles ont tous deux pour sujet l’homme, ce « descendant d’Adam et dépositaire d’une partie de l’esprit de Dieu », pour reprendre la démarche de Thierno Bokar que tu cites avec aisance. Il y’a ceux qui prennent le Zikr pour moyen de « se souvenir », c’est-à-dire d’opérer ce retour à la source tant convoité par les soufis premiers. Il y’a également ceux qui considèrent comme péché le fait de « se souvenir », parce qu’il ne fallait point verser dans l’oubli au point d’avoir à se rappeler. Ce sont ceux là même qui sont en perpétuel contact avec leur source, considérant Dieu comme l’ensemble de tout ce qui existe. Que dire donc des autres, qui confondent ce retour à la source au fait de vivre le passé, et notamment en distinguant point les « deux islam » que tu évoques : Islam et islam ?

Entretenir sa foi, cette obligation que nous cite Thierno Bokar, est un moyen pour le jeune musulman de s’acquitter d’une injonction que le ciel évoque si bien dans le verset 4 de la sourate 48 (la victoire). Ce fameux « ajouter une foi à sa foi », semblable au fait d’avoir un vêtement neuf, et d’être conscient qu’il mérite souvent qu’on le lave et le repasse.  

Si j’évoque la jeunesse musulmane, c’est parce qu’elle demeure le dépositaire du legs des grands de l’islam. La mémoire du divin doit être le centre de rayonnement de tout ce qu’elle entreprend. En voulant, comme tu l’écris, « cheminer sur la voie soufie », notamment en voyant le divin en toute chose, ou encore « libérer le cœur de toute chose qui pourrait porter atteinte à sa tranquillité », il n’y a que le très haut qui puisse lui mener à bon port. Et bien sur, dans ce domaine précis, chez nous, des chefs spirituels toutes confréries confondues ont fini de faire leur preuve en tentant de montrer le chemin à leurs condisciples. « Ton chemin me mène parfois à la cité du scandale. Là ou mon énergie devient débilité, et où ma force devient source de calamité », se confesse Cheikh Ahmad Tijany Chérif (rta) de la Confrérie Tijanya, histoire de peindre une impuissance inouïe de l’être en quête de son créateur.Impuissance qui ne fait cependant pas du Seigneur ce « tyran qui menacerait de réduire la créature humaine à un état de servitude », pour psalmodier convenablement Cheikh Khaled Bentounes tel que tu le cites dans ton ouvrage. C’est surtout cette logique qui fait que l’on puisse saisir la conception qui veut que l’on parvienne à reconnaitre voie et voix chez son seigneur, et partant, en découvrant la meilleure version de soi. Eva de Vitrey parle d’un « évanouissement de l’être », Al Maktoum « d’un pur subjectivisme devant lequel toute autre objectivité doit être bannie » et Aristote  d’un « Dieu en nous ».

Cher Seydi Djamil, ceci est une modeste contribution s’inspirant de ma « lecture d’entre les lignes » de ton ouvrage. J’ai apprécié de fond en comble tout ce qui y a été dit sur la religion de Mouhamad (psl) dans un contexte ou l’on se doit de dénoncer un acte aussi ignoble qu’injuste à l’image du terrorisme. Et j’ai été interpellé par ce deuxième chapitre de la seconde partie qui traite de la spiritualité. Conscient que ce siècle est aussi bien celui de la spiritualité que de la jeunesse, j’ai voulu t’indexer afin que tu puisses aider la classe juvénile des adeptes de ta religion , notamment en t’inspirant d’un « islam spirituel », pour qu’elle puisse sortir du gouffre dans lequel elle se trouve. Dans son magnifique Koune Kàatimane, le vénéré Cheikh Ahmadou Bamba (rta) invitait tout jeune à avoir de la détermination pour, dit-il, « dépasser sa génération.»  

 Nous sommes jeunes tous deux, et devons être engagés afin d’élucider nos pairs sur les risques liés à « la marginalisation de ce qu’est l’essence de la religion. » Tant que le Dieu d’Abraham, de Moise, du Christ et de l’étoile de Médine (psl) continue à être vénéré par autant de jeunes des cinq contnents, il y’a espoir. Autrement, ce serait le proverbe issu de la tradition des Socé qui serait à l’honneur : « Nous avons été crées par le Divin. Toute personne le niant tout en jugeant être soudainement tombée du ciel a surement atterri dans le champ ou le territoire d’un quelconque etre humain. » Comme quoi, on appartient forcément à quelqu’un, sans que cette conception ne soit péjorative. L’essentiel, c’est qu’il y ait quelqu’un, créé par Dieu. Merci de nous dire ta position sur cette question, afin que l’on puisse retrouver une voie plutôt utile.

 

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

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lundi, 26 mars 2018 21:07

LE PRIX A PAYER

Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy affirme : « plus qu’un culte, la conception de l’humain et du djinn relève plus d’un désir du ciel de voir ces derniers se soumettre à sa volonté. » Et pourtant, cet élément aussi vieux que le monde et que le commun des mystiques et autres scientifiques éclairés désignent par le concept d’espace-temps, témoigne d’une situation plus ou moins argutie: le mal et le bien naquirent à un même instant, bouleversant les réalités devant permettre à l’homme d’être un digne représentant de Dieu sur terre. Et depuis, que d’efforts à fournir pour continuer à exister, c’est-à-dire à vivre sous le truchement de valeurs permettant au commun des humains de rester réellement humain, avec ce que cela exige en termes de valeurs.

 Il y’a les partisans du mal, c’est-à-dire ceux dont les actes n’ont nullement pour soubassement l’esprit de Dieu, parce qu’absorbés par des tendances plus ou moins maléfiques ; et il y’a les détenteurs du bien, inspirés par des vertus qui font que la dignité soit pour eux le seul centre d’attraction qui mérite que l’on s’y épanouisse pleinement. Mais les réalités essentielles (haqiqa) attestent d’une vérité plus que naturelle, parce que céleste : tout a un prix à payer.

C’est le récit de deux créatures ayant été les premiers à évoluer dans ce registre, ou encore le contexte plus illustratif d’un match de football dix fois plus passionnant que ceux là qui émerveillent lorsqu’un gardien de but, après des arrêts reflexes extraordinaires, sort vainqueur d’un cafouillage monstre. Il s’agit ici de peindre un scénario plutôt singulier : l’obtention d’un carton rouge par Lucifer, suite à son refus de se soumettre à la volonté divine. Et depuis, quoi de plus inquiétant que le prix à payer, exigeant une adversité qui fait que ses sermons demeurent depuis toujours les paroles les plus redoutables que l’on ne puisse laisser dire ? Et que dire du père de l’humanité, lui qui « perdit quelques points », pour reprendre les propos d’Al Maktoum dans sa lettre intitulée Crise de logique ? Le carton jaune que tendit l’arbitre, aussi conscient puisqu’il est l’omniscient, fit qu’il ne dut son salut qu’a une acceptation d’être expatrié sur la terre ferme. Lisons l’homme à la djellaba : «Adam a « désobéi » parce que justement confronté à un élément nouveau : une crise de logique ! » Pour le Tribun de Tivaouane, un couple sans tentation est une invention sans signification réelle, ce qui justifie le fait que l’arbre ait été touché.

 La volonté divine peint un tableau tout aussi illustratif : une passion qui ne doit nullement perturber la nature profonde de l’être. Et là aussi, le prix à payer est plus que symbolique. « Il n’y a de pire chose que de voir sa nature profonde envenimée par une passion démesurée », s’insurge le chef de file des Moustarchidines. Là encore, la solution est une mesure aux élans de providence divine. Les âmes honnêtes épargnées de ce mal verront le regret d’avoir commis des insuffisances, les contraintes  entravant un culte permanent et l’acte de voir ses péchés mentionnés dans un registre les rebuter à jamais. Ah ! Qu’il est puissant ce « Alif Laam Miim », loin des récits de l’enfance dans l’atmosphère des « daaras » au premier jour. La valeur numérique des 3 lettres,  égale à 342, ne renvoit-elle pas à un  total de 9, chiffre associé à l’idéalisme profond et considéré comme « proche de l’esprit du divin ? »

« La haine, c’est la faiblesse du temps. La jalousie, c’est plus qu’une faiblesse, c’est un manque de foi », affirme Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy. Par ailleurs, être « victime d’un jaloux » peut tout aussi être considéré comme un prix à payer pour une âme honnête en quête de quiétude.  Mais l’on ne peut nullement éclipser ce que le Docteur de la foi, patron des Moustarchidines, désigne par « une lumière matinale ayant précédé la levée du soleil », celle là qui puisse éclairer le chemin des aspirants à la droiture, droiture qui a un prix : le fait de voir le ciel épargner l’être de  « choses d’ici bas » qui semblent faire le confort des autres. Mahomet (psl) ne fut-il pas orphelin, natif d’une société ou les vicissitudes règnent en maitre et sujet à une petitesse des moyens ? Seul le résultat compte. Et depuis, son œuvre ne cesse de faire couler tant d’encre et de salive. Jalousie, haine, calomnies à répétitions provenant d’un autre ayant un innocent pour cible peuvent donc être des prix à payer pour accomplir dignement sa mission de vie. C’est l’exemple de Youssouf, prince d’Egypte et prophète au sens de perception inouï. Au père, le vaillant Yàqoub, « curieux » de découvrir les insuffisances des frères jaloux, il précise : « Le sens de mon vécu, c’est ce privilège céleste à l’origine de tout ce que j’ai pu vivre. » Et depuis, l’histoire se répète. Ciel, faites que l’entendement puisse à jamais régner dans la conscience des disciples de tes élus, toutes générations confondues, afin qu’il puisse, en toute chose, entrevoir ton cachet !

Maam Cheikh

Chroniqueur

Senpresse.Com

 

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vendredi, 23 mars 2018 20:37

Effigie D'Un Eminent Khalif

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