Maam Cheikh

Maam Cheikh

De ce thème qui nous est offert comme support de méditation en cette 130ème édition du Pèlerinage Marial de Poponguine, nous pouvons nous émerveiller, de prime abord, du riche et fascinant mot de « oui », « amen » (Fiat) que nous voulons dire au Seigneur à la suite de Marie. Parler du « oui », nous sort a priori de l’espace et du temps pour nous mener au cœur de la Trinité immanente (Dieu en lui-même avant l’Incarnation) où le Père dans un « oui » parfait et souverain engendre son Fils unique, en lui communiquant tout son être ; où le Fils lui dit son « oui » éternel en épousant parfaitement sa volonté : « oui, je viens faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10, 7) ; où l’Esprit est la personnification de ce « oui » divin comme unité du Père et du Fils avec qui il reçoit « même adoration et même gloire ».

Par ailleurs toute l’histoire du salut ne sera qu’une succession de « oui » qui s’enracinent et s’arc-boutent tous dans le « oui » divin qui, en réalité, donne sens à nos « oui » humains. C’est dans ce sens qu’il faut entendre et comprendre les « oui » de nos prédécesseurs dans la foi, allant de l’histoire des patriarches (et c’est Abraham qui a donné la note par son oui admirable à l’appel de Dieu) à nos pères chrétiens d’hier et d’aujourd’hui, en passant par les juges, les rois-prophètes, les prophètes et les sages. Mais, le « oui » qui, entre tous les « oui », a été plus déterminant et plus majestueux, est celui de Marie, puisque, par lui, le Fils de Dieu s’est fait chair par amour « pour nous les hommes et pour notre salut » ; un amour qu’il a accompli par sa mort sur la croix et par sa résurrection. Quel beau mystère, tout partant du « oui » de la servante du Seigneur : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout m’advienne selon ta parole » ! (Lc 1, 38).

Par conséquent, la foi chrétienne ne se conçoit pas sans la présence maternelle et le « oui » de Marie. Car si le Verbe s’est fait chair pour sauver le monde, c’est grâce au « oui » de Marie qui a accepté de collaborer au plan du salut de Dieu « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité » (1Tim 2, 4). Un père cappadocien le dit merveilleusement d’ailleurs : « ce qui n’est pas assumé n’est pas sauvé ». Donc Marie est la première croyante à accueillir dans son cœur et dans son corps la Parole de Dieu. Elle est en ce sens, la Mère du Christ et notre Mère par la volonté du Christ, conséquemment, la Mère de l’Eglise. Ce qui nous fait toucher la réalité de la solennité nouvellement instituée que nous célébrons aujourd’hui : Marie, Mère de l’Eglise.

Et cette maternité est à comprendre comme un don reçu du Père qui a choisi pour son Fils une Mère qu’il a prédestinée, en la préservant du péché originel, comme un don du Fils qui nous a donné sa Mère, en s’adressant à nous à travers la personne du disciple bien-aimé : « voici ta mère » (Jn 19, 27) et comme un don de l’Esprit Saint qui a couvert Marie de son ombre et a conçu en elle le Verbe de Dieu. Ce don, ratifié par le « oui » de Marie, a marqué le début de l’Eglise. La liturgie de la solennité de l’Annonciation le proclame dans la magnifique prière proposée sur les offrandes : « Daigne accepter, Dieu tout-puissant, les dons offerts par ton Eglise : elle n’oublie pas qu’elle a commencé le jour où ton Verbe s’est fait chair… ». Rien d’étonnant alors si la présence de Marie est remarquable et remarquée au cénacle et au jour de la Pentecôte qui marque la manifestation de l’Eglise au monde

Pourtant, ce « oui » de Marie, aussi splendide soit-il, n’a pas été prononcé sans difficultés. Pour s’en convaincre, il suffit juste d’observer l’attitude de Marie face à l’envoyé de Dieu : « elle fut très troublée, et elle se demandait… » (Lc 1, 29) ; « comment cela se fera-t-il, puisque je n’ai pas de relations conjugales, s’interroge-t-elle ? » (Lc 1, 34). Cette situation se complique quand on sait qu’elle a été fiancée à un homme, sans parler, qui pis est, du regard et du jugement de sa société qui condamnait durement certains comportements.

Malgré tout, Marie dit « oui » à Dieu et ne cesse de renouveler ce « oui » dans une foi inconditionnelle et une confiance totale. Ainsi, elle devient modèle et soutien de tous ceux qui ont dit « oui » à Dieu de par leur baptême et de par leur vie, et qui contre vents et marées le lui renouvellent chaque jour par leur vacillante fidélité.

C’est alors à juste titre que le peuple de Dieu, dans un chant populaire, s’adresse à la Mère de l’Eglise, implorant son secours et ses suffrages, pour dire, à sa suite, « oui » au Seigneur. Un « oui » qui nous engage tous dans notre relation avec Dieu, avec notre prochain, avec notre environnement et avec nous-mêmes. En effet, ce oui qui devient une réponse à l’amour gratuit de Dieu à renouveler chaque jour, peut être formulé avec ses paroles lourdes de conséquences de Saint Pierre : « oui Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jn 21, 17).

Ailleurs, ce oui nous fait admirer notre prochain comme notre alter ego : « voici l’os de mes os et la chair de ma chair » (Gn 2, 23) et l’aimer comme un chef d’œuvre divin : « qu’est-ce que donc l’homme pour que tu penses à lui, l’être humain pour que tu t’en soucies ? Tu en as presque fait un Dieu : tu le couronnes de gloire et d’éclat ; tu le fais régner sur les œuvres de tes mains » (Ps 8, 5-7).

Dans le même ordre d’idées, ce « oui » nous rend responsables envers notre environnement compris comme notre « maison commune » à protéger et à sauver, car « attendant avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8, 19). Enfin, ce « oui » nous tourne vers nous-mêmes, nous faisant tourner le dos aux passions désordonnées de la vie, à la paresse, à la facilité, à la recherche effrénée du merveilleux, pour aller résolument au Seigneur à la suite de Marie et avec elle, la croix devant nous et le monde derrière nous.

En somme, demander à Marie de nous aider à dire « oui » au Seigneur, c’est apprendre à imiter sa vie sainte et à opter de manière radicale pour le Christ que nous touchons et recevons dans l’Eucharistie et les autres sacrements. D’où l’invite du cardinal Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements : « si nous voulons grandir et être remplis de l’amour de Dieu, il faut planter notre vie sur trois grandes réalités -la Croix, l’hostie, et la Vierge – « trois mystères que Dieu a donnés au monde pour structurer, féconder et sanctifier notre vie intérieure, et nous conduire vers Jésus ».  Et c’est ainsi que nous marcherons résolument sur le chemin de la sainteté qui est la vocation de tout chrétien quels que soient son statut social, sa condition de vie, ses défauts, ses qualités, ses forces et ses faiblesses (Cf. Exhortation Apostolique du Pape François, Gaudete et exultate)

O Marie, aide-nous à dire oui au Seigneur, en répondant avec confiance à son appel et en menant une vie conforme à sa volonté.

Qu’il soit ainsi pour les siècles des siècles. AMEN

 

Dakar Midi

vendredi, 18 mai 2018 23:26

Lis, Au Nom de Dieu !

«  La religion en tant que source de grâce, la religion en tant qu’attitude de la créature à l’égard de son créateur, attitude à la fois raisonnable et raisonnée, la religion en tant que comportement social, puisqu’elle est les trois à la fois, mérite de notre part beaucoup plus d’attention », confie le Tribun de Tivaouane. Une façon assez simple pour Serigne Cheikh Tidiane Sy d’hiérarchiser les dimensions de la religion de Mahomet (psl), celles là qui font que l’on mérite le nom de musulman.

Chez nous, la chose religieuse a finit de verser dans une forme d’adoration parfois dépourvue de lucidité. Quoi de plus inquiétant que de se soumettre à  l’adoration d’une chose que l’on ne connait point à fond ? Au Sénégal, la pratique religieuse a finit de fleureter avec des tendances folkloriques. Même l’histoire sainte est contée avec une logique caricaturale. Heureusement que des guides ont su, de par leurs confréries respectives et un engagement des plus spirituels, enseigner ce qu’il y’a de plus essentiel pour le croyant. Un disciple mouride confie : « Le vénéré Khadimou Rassoul (rta) a toujours soutenu que prier tout en méconnaissant les actes obligatoires et surérogatoires de la prière a pour signification le néant. »

La religion est source de grâce, et le comble pour un croyant, c’est de tenter de trouver là où celle-ci prend place. La grâce divine est aussi bien dans les mosquées que dans les sphères ou l’on commet des actes surérogatoires, c’est-à-dire des choses utiles, raisonnables et justes pour le bien de la communauté. Salomon aimait à prononcer la fameuse formule : « Au nom de Dieu, dont la grâce se trouve déposée aussi bien dans l’infiniment petit que dans l’infiniment grand. » Ce qui signifie indubitablement que le sectarisme commence là ou l’on  tente d’attribuer les bienfaits du très haut à une quelconque lignée ou à une place précise. Ce serait méconnaitre le ciel que de croire qu’il  agirait de la sorte. « La reine d’Angleterre, le champion olympique et la dame vivant de la vente de cacahuètes dans un coin du quartier sont tous nés de la même façon  », rétorque Al Maktoum. S’abreuver de cette source de grâce, c’est surtout prendre conscience de la nécessité de s’adonner corps, âme, esprit, intellect et cœur à…Dieu ! Ces différentes facultés, indépendantes, autonomes et contradictoires, méritent une attention particulière du croyant.

L’attitude de la créature à l’égard de son créateur, cette autre facette de la religion, est ce qui donne à la spiritualité tout son sens. Ce « Dieu en nous », comme aime à l’évoquer le discours philosophique, est sans nul doute la dimension la plus symbolique du Zikr en tant que rappel. Le très commenté verset coranique « Lis, au nom de Dieu » a été interprété par Serigne Cheikh Tidiane Sy en ces termes : « Lire est synonyme d’apprentissage ici. Seulement, il n’y a pas que la quête du savoir qui se doit d’être faite au nom du divin. L’esprit de ce verset stipule que tout ce que le croyant accomplit doit l’être au nom de Dieu. » C’est la fameuse « sacralisation des actes quotidiens », pour ceux qui ont été nourris à la sève de la philosophie d’Al Maktoum !

La religion a une dimension sociale, et la rappeler signifie une forme de dénonciation des comportements allant dans le sens de tuer ces principes qui se nomment solidarité, respect ou encore empathie. Le ciel l’a si bien illustré dans le dernier verset de la sourate la Victoire, en soutenant que les compagnons du Prophète doivent être durs avec les mécréants et compatissants envers eux-mêmes. Entendons par « le coté dur » cette force de caractère qui fait que le mécréant ne puisse nullement bafouer la foi d’un musulman, et la compassion cette formule prophétique : «Est musulman celui qui ne nuit nullement à son frère en foi, aussi bien par son verbe que ses actes. » Cela n’a rien à voir avec les tendances terroristes qui veulent que tout mécréant ou adepte d’une autre religion soit tué, ou encore que l’on prie constamment tout en restant un adepte de la jalousie ou de la haine. Seigneur, toi qui nous a crée, procure trois choses à ce pays :

Fait que notre jeune puisse être accepté

Que la grâce qui en découlera puisse arroser les graines de bonté qui germent dans nos cœurs

Tout en négligeant toute forme de vicissitude qui s’y trouve, afin qu’elle meurt !

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.               

Jacques Mailhot rétorque : « Politicien ambitieux ? Pléonasme. » Pour lui, le politicien ne peut nullement être pénétré des principes qui veulent qu’il puisse anticiper sur un besoin lié à l’équilibre d’un pays. Encore une prise de position qui rappelle que la France n’est point le Sénégal, et que le chef de parti aujourd’hui considéré comme « l’adversaire de taille du régime », avec l’audace qu’on lui connait, aurait crié « Objection », parce que trop ambitieux pour pouvoir accepter qu’une telle assertion puisse être logique.

 Nous sommes le 7 février 2006. La plupart des sénégalais, loin de se soucier des réalités de ce pays, s’installaient avec aisance devant leur écran téléviseur, préférant voir un ballon rond faire l’objet d’envolées de la part d’El Hadj Diouf. Lions et pharaons du football se rencontraient sur un même terrain, et ceci pour la 25e Coupe d'Afrique des Nations. A quelques minutes du coup d’envoi, loin des regards indiscrets, un chef politique était discrètement libéré après 199 jours d’incarcération, parce qu’accusé d’atteinte à la sureté de l’Etat, en plus d’un dossier aussi médiatisé que celui des chantiers de Thies. Et pourtant, nul ne pouvait prédire un conflit qui l’opposerait à son mentor dans le domaine, maitre Abdoulaye Wade, alors président de la république à l’époque.

C’est le portrait d’un homme qui n’aime rien faire comme les autres. Idy affectionne le jeu d’échec et de la stratégie. Il veut toujours être le premier à jouer sur un registre. L’on se rappelle de sa sortie après la fameuse journée du 23 juin, avec sa formule ainsi libellée : « Nul besoin de nettoyer sous la pluie ». Une façon de montrer que les résistances qui s’étaient illustrées avaient déjà dignement porté le combat. Et que dire du 19 avril, suite aux manifestations sur la loi pour le parrainage ? L’homme a préféré « offrir à ce jour symbolique » sa pièce de monnaie, avec pour pile un engagement plutôt risqué qui lui valut d’être arrêté, et pour face un coup de projecteur médiatique obtenu avec brio. Qu’a-t-on retenu, sinon qu’il ait été le premier a être retenu pour un combat assez noble ? Un politicien ayant tardivement compris la démarche a tenté en vain d’expérimenter la chose, voulant obliger les forces de l’ordre à le cueillir, ce que ces derniers refusèrent, sous les éclats de rire des journalistes sur place. Comme quoi il ne suffit pas de crier comme un forcené pour s’imposer chez nous, mais de faire preuve d’une certaine stratégie.    

 Comprendre Idrissa Seck, c’est revisiter l’œuvre d’un homme qui jongle avec les styles de leadership en fonction des contextes.  La démarche du meneur semble définir sa façon de diriger un parti politique. C’est simple : il veut changer le Sénégal, a une vision assez claire de ce qu’il souhaite faire de ce pays et de là ou il compte l’emmener, et est prêt à faire face à ceux qui se mettront sur son chemin.

« Ndamal Kadjor » manie le verbe avec aisance. De son gestuel mesuré à sa posture de leader, en passant par son « regard mitraillette » qui balaie d’une traite son auditoire, sa façon d’avoir l’air inerte et de se concentrer quand on l’interpelle sur une question qui l’intéresse en dit beaucoup sur sa personnalité. Le coté sémantique de ses discours illustre « une politique autrement », et définit bien le fait qu’il évite avec tact le « jargon politique » qui définit le mal de la gouvernance chez nous. C’est la force des hommes imprégnés des méthodes les plus efficaces de la Communication Politique, à l’image d’un Macron que le terme « police de proximité » rebutait parce qu’ayant été un échec pour ceux qui il a succédé. Loin de la pensée émanant d’un sage de chez nous qui peint le portrait parfait des gens du Cayor, il tente, bien que philosophe pour les autres, d’avoir l’intelligence de son beau langage.

« Suivez-moi », tel semble être son crédo en tant que leader ! Ce qui définit justement la personnalité du meneur qu’il incarne avec brio. Pour lui, sa conscience est le centre de rayonnement de la solution miracle qui pourrait sortir ce pays du chaos dans lequel il est plongé. Et en tant que pur produit d’une organisation politique d’appartenance libérale, en l’occurrence le P.D.S, il sait être démocratique dans sa façon de manager, en atteste le fait qu’il cite les maintes fois durant lesquelles il consulte ses collaborateurs immédiats, mais aussi coercitif et autoritaire. Sa façon de diriger ne semble point être affilié à l’affection, parce que trop occupé à justifier par la raison toute chose dite ou devant être entamée. A défaut de chiffres et de déclarations parfois gratuites, il sait cacher toute forme d’ambiguïté dans ses propos.  Mieux, il aime à citer ses « prédilections d’un passé récent » comme un devin ayant affaire à des impénitents. Il sait trouver, avec le régime actuel, un jeu favori : écraser avec ironie les néophytes loin d’être préparés à évoluer dans un parti qui a la lourde charge de gouverner ce pays. Leurs imperfections restent les éléments donnant un brin d’humour  à ses sortes de délires pour détendre l’atmosphère face à des militants parfois tendus.

Charles De Gaule disait : «  La politique est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux politiciens. » Idrissa Seck le sait. Par ailleurs, il trouve le moyen de faire de la politique sans pour autant ressembler à un politicien tel qu’il est considéré chez nous, le terme ayant été accouplé à une signification péjorative. Il verse dans les écrits coraniques, cite Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum, narre les récits de Napoléon et revient sur Exodus de Youssou Ndour. L’homme qui évoqua le terme internet pour la première fois lors d’un conseil des ministres élargit, au grand étonnement du Président Abdou Diouf qui demandait de quoi il s’agissait, a plus d’un tour dans son sac.

 Mais tout ceci suffit-il au citoyen sénégalais pour accorder voix et confiance à l’homme ? S’il est vrai qu’il semble apparemment dévoué et que son discours évoque une rupture, il n’en demeure pas moins qu’il fit partie intégrante d’un gouvernement, alors que le sénégalais lambda est comme plongé dans une quête des plus naturelles : un changement symbolisé par une personne pouvant incarner une conscience politique nouvelle. Et c’est la raison pour laquelle des leaders politiques de la trempe de Sonko ou Issa Sall du P.U.R fascine quelques uns. Il s’y ajoute le bal des  injustices avec, au beau milieu de la piste, un état qui valse avec le Maire de Dakar, et qui a fini d’éveiller le coté émotif du peuple sénégalais. Quoi de plus urgent donc pour Idrissa Seck que de promouvoir une pensée politique nouvelle, loin des conceptions partagées avec le régime libéral ? Et si l’homme trouvait le moyen de refuser l’étiquette d’opposant éloigné du front qu’on lui colle ? Que de questions qui triturent sans nul doute les méninges d’aucuns. L’essentiel est de guérir des maux du passé, tel les résultats plutôt insatisfaisants des élections de 2012. Même les triomphes ont besoin d’un bilan digne de ce nom. «  Nous avons gagné la bataille. C’est bien. Mais essayons de comprendre comment… », disait Alexandre Legrand à ses soldats. Une facon assez intelligente pour le stratège de roi de développer des réflexes de succès chez ses hommes.

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

 This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.       

 

 

 

C’est le portrait d’un natif de Sérignac-sur-Garonne en France, présent chez nous depuis 27 ans. Un P.D.G élevé au grade de commandeur de la légion d’honneur au Sénégal en 2001 qui, un jour, manqua de respect, et de la façon la plus flagrante qui soit, à son premier collaborateur, en l’occurrence le Chef de l’état. L’on se rappelle de son attitude qui fleuretait avec un mépris doublé d’un manque de respect inadmissible lorsqu’il cria, dans le cadre du forum organisé par le patronat marocain sur l’investissement : « Macky ! Ca va ? » Voila Gerard Senac ! Comme quoi, la légèreté dangereuse, cette anomalie que les adeptes de la spiritualité considèrent comme étant à l’origine de toutes les vicissitudes de notre temps, a aussi sa place dans le monde du management et de la gestion des entreprises.

 il n’y a que les grands missionnaires qui savent faire montre d’un respect doublé d’une courtoisie mesurée. Mais une attitude comme la sienne ne peut que témoigner de la personnalité de l’homme : un patron-pour ne pas dire leader, ce mot exigeant l’adoption de forces psychologiques remarquables-dont la personnalité témoigne d’une légèreté en termes de gestion et de suivi des projets qui lui sont confiés. Chevalier de la Légion d'honneur, commandeur de l'ordre national du lion, chevalier de l'ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures, commandeur de l'ordre des arts et des lettres, ordre souverain de malte de la croix de commandeur « pro Merito Melitensi » et, pour couronner le tout, officier de l'ordre National du Mérite, comme s’il méritait les privilèges accordés par l’état dans le cadre de la présence d’Eiffage chez nous.

C’est le récit tragique d’un génie de l’art musical dont le langage corporel et l’articulation des mélodies avaient fini de s’imposer chez nous. Un confrère de la presse, imbu de la musique du groupe Gelongal, raconte : « Quand sa voix retentissait, elle faisait à la fois vibrer le cœur du peul, fendre la bouche du mankagne et esquisser des pas de danses à la jeune fille mandingue ou diola. » Comme quoi, la passion et le dévouement furent les mots maitres symboles de la carrière de Papis Gelongal,  et ceci jusqu’à ce que la faucheuse frappe fort, dans des conditions qui méritent de crier haut et fort : « Oui pour une collaboration avec la France, sauf que nous ne voulons pas de cette France là ! »

 Pourquoi repeindre les portraits des deux hommes ? Leurs destins ne se sont peut être pas croisés, mais il faut oser avouer qu’Eiffage, société  dont la direction est assurée par Gerard Senac au Sénégal, est comme responsable de ce qui est arrivé. Dans ce domaine précis, nos rapports avec les gens de l’autre coté de la péninsule doivent être revus ? Nous sommes loin de « vauter », comme pour reprendre ce verbe crée de toutes pièces par la publicité pour à la fois vendre des fromages et promouvoir une forme de pensée que le Général de Gaule à laisser comme concept.

 « La France, qui avait l’habitude de nous envoyer de grands missionnaires, ne nous envoie plus que de simples salariés », rétorquait assez souvent Serigne Babacar Sy (rta) de Tivaouane, s’insurgeant ainsi dans un débat qui reste d’actualité. Nos dirigeants, dépourvus à la fois de patriotisme et d’intégrité au sens économique du terme, préfèrent confier les missions les plus prestigieuses qui puissent contribuer au développement à des étrangers qui n’ont d’yeux que pour le profit, et loin de convoiter les valeurs à saluer dans ce domaine.

Ousmane Sembene, en génie du septième art et de la profonde réflexion, laissa cette prophétie à la conscience universelle lors de sa dernière interview: « Le colonialisme animé d’une tendance hégémonique est beaucoup plus acceptable que ce qui se passe présentement. Avant, c’était nos terres qui étaient occupées. Aujourd’hui, ce sont nos consciences qui le sont. » Il s’agit là d’une « chose » qui sévit toujours en afrique francophone. Chez nous, elle fait qu’un chef d’état peine à réaliser des actes concrets parce qu’évoluant sous le joug de la présence de l’étranger dont les insuffisances risquent de faire payer tout un peuple.

Eiffage Sénégal, celle là qui nous avait promis une sorte de « jaillissement de lumière » comme pour évoquer des avancées considérables dans le domaine de l’électricité, peine toujours à éclairer et sécuriser une autoroute dont la chérté du cout du passage et l’obscurité sont d’actualité. L’on se rappelle, il y’a trois années, de Gora Thiam, ce commerçant victime du même sort que Papis Gelongal, parce que mort d’un accident sur l’autoroute à péage. Il avait, en effet, heurté une vache dans une partie non électrifiée de l’autoroute à péage.

Gérard Senac n’avait t-il pas dégagé en touche toute défaillance mettant en cause la responsabilité d’Eiffage ? Qui est il pour pouvoir toujours sortir vainqueur des « cafouillages » les plus injustes dans lesquels s’engouffre son entreprise ? Quoi de plus calomnieux que de faire payer 112.000 de nos francs pour une remorque, une sortie de l’autoroute et un acheminement de la voiture de l’artiste chez lui, alors que l’on sait que son décès remet en cause la négligence de ceux qui gèrent cette autoroute ? Espérons que l’état du Sénégal pourra nous élucider face à cette situation tout aussi révoltante. Le ridicule ne tue plus chez nous, mais la légèreté et l’incompétence, elles, font des victimes. Que la terre soit légère au regretté Papis Gelongal !

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

cThis email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

Nelson Mandela, légende vivante de « la nation de l’arc-en-ciel », confie : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » Une conception qui a su depuis toujours inspirer des pionniers, ceux là qui veulent faire de la formation d’élites un détonateur des plus redoutables. Chez nous, elle est maniée depuis des décennies par tout un système qui peine à donner un sens à sa puissance. Quoi de plus inquiétant que de confier une arme tant convoitée à un impénitent du far West qui tire comme bon lui semble, peine à toucher sa cible, mais daigne abandonner ou confier la chose ?

« Il est de tradition que quand on ne sait où l’on va, l’on doit rebrousser chemin pour retourner à notre point de départ », nous dit le dicton wolof. La prophétie, elle, est d’un sage de chez nous, et suppose : « Le fait de retourner d’où l’on vient n’a de sens que si l’on rompt avec ce qui fait que l’on se sent perdu. » Comme quoi, cette forme de myopie qui empêche ceux qui veulent mener le système éducatif de faire face aux réalités se doit d’être guérit.

C’est l’histoire de Jean Dard, jeune instituteur français  de 28 ans qui fit un geste plus que symbolique pour un enfant de la douce France en Afrique. En effet, à l’heure ou le retentissement des canons était synonyme de tendances hégémoniques de l’ère coloniale, le jeune prodige fut le premier à construire une école au Sénégal. Les conservateurs parleront là d’un désir de vouloir « enseigner la culture occidentale à des fins impérialistes ». Mais l’essentiel, c’est qu’il y ait culture, d’autant plus que la destinée de nos enfants alphabétisés n’est plus entre leurs mains.

Jean Dard a inventé « une école au Sénégal », et non « l’école sénégalaise. » Celle-ci résulte d’un désir d’édifier une citadelle de l’éducation alors que celle là devrait être le centre de rayonnement de ceux qui évoluent dans un cercle tout aussi vicieux : l’état, les enseignants et les élèves. L’urgence devrait être une nécessité de « façonner des hommes de culture », c’est-à-dire des adeptes du savoir, de la discipline et de l’évolution, et non de simples produits d’un système avec pour soubassement un scepticisme ambiant, histoire de reprendre le concept d’un philosophe de la trempe de Souleymane Bachir Diagne.

 Les mesures prises ne permettent point d’éduquer, et au rythme ou vont les choses, le fait d’enseigner de façon convenable est comme bannie. A qui la faute ? Un jeune activiste et chroniqueur passionné de causes citoyennes aime à se lamenter : « tant que l’on mise sur le fait d’élever à défaut d’éduquer, l’on se perdra éternellement dans les dédales de la crise en question.» Comme quoi même les mots pèsent lourds dans ce domaine précis.

Interrogé sur la nécessité de donner son avis sur la crise en question, un enseignant sénégalais affirme : « Le scénario est plus que décevant. II s’illustre à l’image d’un jeu du chat et de la souris, avec pour concernés et les enseignants et les gouvernants. Les 40% alloués à l’éducation couvrent l’investissement dans les charges liées à l’édification d’écoles et de toute la logistique qui va avec, et non aux enseignants. Même l’opinion publique peine à cerner une telle approche, et ne cesse de condamner les grèves à répétition. » En peignant les conditions difficiles liées à l’exercice de leur noble métier, il rétorque: « A Saboya, non loin de la frontière gambienne, village ou  je servis en tant qu’enseignant pendant  une décennie, il m’arrivait d’alterner voyage en charrette et traversée d’eaux pour rejoindre les lieux de tenues d’animations pédagogiques. »  A cela s’ajoute un cadre de contestation à l’atmosphère décevant. Et notre enseignant de s’insurger: « La lutte syndicale a à sa tète des personnes qui ont finis de bannir l’intérêt commun au détriment de leurs propres avantages. Toute forme de noblesse en matière de cause syndicale liée à l’enseignement est comme révolue. Je n’abandonnerai point ma classe de CM2 pour une lutte dépourvue de toute forme de contestation sérieuse. »

Il faut être désorienté au point de souhaiter une année scolaire blanche au régime actuel, et ceci pour justifier des ambitions aux élans de politique politicienne. A quoi bon vouloir faire subir un tel préjudice à l’état avec pour victime nos enfants ? Aussi Il y’a un impératif qui va au delà du fait d’attribuer à la solution ainsi trouvée une tendance à la cacophonie, notamment en précisant que cela est venue de la première dame ou encore que le rôle joué par le chef de l’état est aussi capital, c’est de prendre conscience d’un fait : une année scolaire à été sauvée de justesse et non un système éducatif. Système qui ploie toujours sous le truchement d’un programme s’inspirant d’une inertie totale en termes d’évolution, d’un niveau des enseignants qui ne cesse de s’affaisser, de la lutte contre des phénomènes tel l’usage du tabac à l’école…

Et si Serigne Mbaye Thiam prenait ses responsabilités en se prononçant convenablement sur « le prolongement de la concrétisation des promesses faites ? » Et si, à défaut d’y parvenir, il s’emparait de la sagesse de démissionner ?  Ah ! Qu’il fut nostalgique de son passé d’élève du prytanée militaire, au point même de l’affirmer, à la dernière célébration de la fête de l’indépendance au Sénégal ! En attendant, ceux qui en veulent à ce « système scolaire de la honte » ne sont nostalgiques que d’une chose : c’est de revoir l’école sénégalaise retrouver sa valeur d’antan. Cela fait 201 ans que l’on alphabétise des générations pardi !      

 

Maam Cheikh

chroniqueur

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

« En tant que Chrétien, j’ai toujours préféré une belle mort plutôt que de m’emparer d’un pouvoir qui ne m’appartient pas », se confessait assez souvent le président poète Senghor. Ses inconditionnels aiment à rappeler l’amertume peinte d’un état d’ébriété dans lequel le poète natif de Joal se trouva un jour. En effet, l’auteur du recueil poétique Ethiopiques fut choqué par une chose : le fait que ses collaborateurs immédiats affirment que le vocable « pouvoir » coïncide avec le terme « ngour » en wolof –entendons par là une monarchie-. Comme quoi en matière de gouvernance, les termes d’usage chez l’élite en charge de la destinée d’un peuple pèsent pour beaucoup, parce qu’ils traduisent l’état d’esprit avec lequel elle compte gouverner.

Chez nous, le contexte politique est devenu plus complexe. Nous ne sommes plus à l’ère des démêlés Dia-Senghor ou encore des confrontations d’idées qui exigeaient que Wade profite d’un défaut de communication de l’adversaire Diouf pour opérer une « riposte d’idée ». Voila pourquoi cette répétition de l’histoire-le même scénario s’est reproduit en 1992, avec l’exigence de 10.000 signatures aux candidats non affiliés à un parti politique- a choqué plus d’un.

Au-delà des prises de décision d’ordre constitutionnel, il y’a ce qui est, selon Albert Camus, « une protection de la minorité et non une loi de la majorité » : la démocratie. Un principe qui semble méconnu des députés de la majorité qui ricanaient dans la sphère qui leur servait d’hémicycle au moment ou, dans des coins et recoins de Dakar et d’ailleurs, l’on procédait à des arrestations de leaders et de « manifestants anti-parrainage ». C’est que, chez nous, le parlement restera à jamais une citadelle dont l’intérieur ressemble à un plateau de guignols férus des ambiguïtés de la politique politicienne.

C’est le portrait d’un juriste qui fut considéré comme un homme d’ouverture à l’argumentaire pointu et à la sérénité qui avait cessé d’être admiré dans les amphithéâtres de l’Université de Dakar. C’est aussi ce professeur vêtu d’un boubou marron qui, cachant ses yeux derrière des lunettes qu’il ajustait tantôt, confiait sur la tribune des Universités du Ramadan des Moustarchidines le mardi 17 aout 2010 à Yoff : « En matière de constitution, il n’y a pas que l’intérêt étatique, les élections et le prolongement de la durée du mandat présidentiel qui incombe. Le plus important reste la protection des droits des citoyens. »

 Que dire donc de l’amalgame dans lequel il s’est engouffré, et qu’il assimile à « un grand pas pour la démocratie » ? Certaines lois sont comme folles, et la jurisprudence restera à jamais insignifiante face au bon sens.

Au pays des damels et signares, la chose la plus cruciale pour qui enfourche le cap de responsable politique est de commencer par apprendre la psychologie du citoyen sénégalais. Ceux qui se sont rués dehors pour des manifestations sont, pour la plupart, des néophytes de la constitution et des projets de loi. Certains même interpellaient les journalistes sur le terrain pour leur demander le chemin qui mène à l’assemblée nationale. Cependant ils ont plus ou moins un point en commun, et c’est ce qu’on pourrait appeler « la jonction contexte-constat ». Celui-ci prévoit qu’on ne touche pas à une constitution à dix mois d’une échéance électorale, aussi valable soit-elle juridiquement parlant, alors que celui là stipule qu’il y’a des gens qui ont déjà fait leur preuve en termes de «dédoublement de personnage » parce qu’ayant renoncé à leurs principes d’antan. C’est le cas de ce juriste de ministre qui affirmait en cette même nuit de l’année 2010 à Yoff:  « Notre rapport social au pouvoir doit être revu. Le pouvoir ne doit point être mystifié, et nous devons cesser de croire qu’occuper une fonction ministérielle est une forme de réussite. Il y’a des responsabilités beaucoup plus prestigieuses que d’être ministre, député ou président de la république. Un chef d’état n’est point plus responsable qu’un médecin qui soigne au moins trois patients par mois. Cette hypertrophie du pouvoir politique doit être bannie. »

 Comme quoi le peuple a sa loi qu’elle dicte aussi aux gouvernants, bien qu’elle soit dépourvue de toute légalité constitutionnelle. Mais en s’engageant dans un labyrinthe aussi complexe, le ministre de  la justice ne se pense t-il pas « plus légale que ce peuple avant même que la légalité ne puisse trouver un sens suite au recueillement d’avis de la part de l’opposition ? »   

La situation actuelle, plutôt abracadabrante, devrait sans nul doute plaire à Ismaela Madior Fall. C’est comme si c’est son vœu de voir chaque citoyen ne plus admettre complaisamment l’autorité des chefs de l’ordre étatique qui se réalise. Que dire donc de l’aspect juridique de la chose ? Idrissa Seck a dénoncé  une sorte de chantage d’état, Ousmane Sonko une « forfaiture » et El Hadj Issa Sall une modification d’une loi verrouillée il y’a de cela deux ans. Pour ce dernier, la loi sur le parrainage est à la fois grave, impopulaire, inopportune, paradoxale et inapplicable, voire même dangereuse, vu les conséquences auxquelles les forces de l’ordre ont du faire face dehors, tout comme les leaders arrêtés.

Le conte d’Andersen nous enseigne qu’il est souvent difficile de trouver, dans la cour, quelqu’un qui ait le courage de crier haut et fort : «  le roi est nu ». Chez nous, il n’y a de situation plus complexe que celle qui équivaut à une dénonciation d’une insuffisance en matière politique. Qu’il s’agisse d’une fin de règne ou pas, l’atmosphère actuelle doit être observée, par le peuple, avec l’œil de la clairvoyance. Les conflits les plus cités de l’histoire, notamment les deux guerres mondiales, aussi tragiques soient-elles, ont pu permettre à l’occident de bénéficier d’un ressourcement purificateur. Mais le peuple sénégalais peine à faire une lecture assez correcte des événements auxquels il fait face. A quoi bon continuer à revendiquer une nouvelle conscience en matière de gouvernance si l’on ne sait que faire du proxénétisme politique qui sévit depuis des lustres ?

 En attendant, l’histoire politique de ce pays retiendra « ses deux jeudi de lutte contre une forme d’entorse à la démocratie » : Le régime libéral a eut « sa journée du jeudi 23 juin 2011 », celle de Macky Sall son fameux « jeudi 19 avril 2018 », avec leurs lots de contestations et de conflits. Que le peuple juge les deux à leur juste valeur, au risque de rejoindre ceux qui, comme le disait un leader politique sénégalais, peinent à tirer des leçons d’un événement pour prendre les décisions qui s’imposent. En attendant, le remue ménage au sein de l’opposition continue.   

Maam Cheikh

Chroniqueur

Senpresse.Com

 

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it. 

 

               

mardi, 17 avril 2018 13:39

Lettre Ouverte A Seydi Djamil Niane

                                                        Mon cher frère,

« L’islam est un tremplin, et le plus sur pour guider l’humanité vers le salut », nous confie l’auteur de pour ceux qui comprennent et ceux qui veulent comprendre l’islam, en l’occurrence Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy. Je n’ai pu trouver de maxime plus illustrative pour résumer ce que mon « oreille de la compréhension »,-pour reprendre le concept de Thierno Bokar que tu cites pertinemment dans ton ouvrage,-a pu souffler à ma conscience en quête de connaissances profondes.

J’ai parcouru avec une fierté immense, et avec l’attention religieuse que cela exige, Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier, ton ouvrage dont la profondeur et le style ont fini de séduire d’aucuns. Cette fierté se résume en cette formule que je me suis répété en monologue : « En voila un, parmi mes frères en Dieu, qui a su cerner la seule et unique chose qui puisse procurer à la jeunesse musulmane un souffle nouveau dans ce contexte de crise générale et généralisée : la quête de la spiritualité. »

Les écrits d’Eric Geoffroy, que tu cites dans ton ouvrage, restent des exemples frappants dans ce contexte précis. André Malraux avait raison d’anticiper sur la nécessité de moraliser nos systèmes en ayant pour pierre angulaire la religion. Mais à l’état actuel des choses, c’est le spirituel qui devrait servir de gouvernail pour la barque de ceux qui peuvent être considérés comme des élus : les musulmans.

Mon cher frère, tu t’inspires d’un contexte, je pars d’un constat : la réalité qui se dessine dans un pays comme le nôtre mérite qu’un chercheur de ta trempe puisse s’exprimer sur une sorte de « délaissement de la spiritualité au profit d’une forme de pratique plus ou moins traditionnelle ». La jeunesse musulmane peine à s’enraciner des principes fondamentaux de la religion. Chez nous, le rituel a prit le dessus sur le spirituel. L’on tend plus à une pratique guidée par l’inconscient-pour ne pas dire l’ignorance face à une religion qui spécule sur la quête du savoir.

Si l’auteur de l’islam sera spirituel ou ne sera plus évoque une inversion des valeurs, quel dénouement pour le « projet métaphysique de l’islam » pour la jeunesse musulmane ?  Je dirai même qu’il y’a plus qu’une inversion de valeurs, mais un règne de tendances. Les valeurs se font rares à l’image de la nature morte qui laisse place à des espaces industriels et mécanisés. Un grand de la confrérie Tijanya a invité ses condisciples à avoir une perception de la chose coranique plutôt authentique en précisant : « Le livre saint contient des versets qui ne sont pas qu’a mémoriser, elles doivent aussi être maitrisées. Leurs recommandations doivent, à défaut d’une simple pratique, faire l’objet d’une application réfléchie. » C’est là tout l’aspect spirituel de la chose : faire de sorte de sanctifier toute forme de dévouement des recommandations religieuses. Même l’invocation, bien que prescrite, se doit d’être inscrite dans une dynamique spirituelle, afin de ne point être dépourvue de sacralité. « On ne dérange pas le protocole du trône pour quelque chose d’insignifiant », nous confie Seydil Hadj Malick Sy (rta) de Tivaouane. Zikr comme Fikr devraient surtout contribuer à la réalisation de cet idéal, mais elles ont tous deux pour sujet l’homme, ce « descendant d’Adam et dépositaire d’une partie de l’esprit de Dieu », pour reprendre la démarche de Thierno Bokar que tu cites avec aisance. Il y’a ceux qui prennent le Zikr pour moyen de « se souvenir », c’est-à-dire d’opérer ce retour à la source tant convoité par les soufis premiers. Il y’a également ceux qui considèrent comme péché le fait de « se souvenir », parce qu’il ne fallait point verser dans l’oubli au point d’avoir à se rappeler. Ce sont ceux là même qui sont en perpétuel contact avec leur source, considérant Dieu comme l’ensemble de tout ce qui existe. Que dire donc des autres, qui confondent ce retour à la source au fait de vivre le passé, et notamment en distinguant point les « deux islam » que tu évoques : Islam et islam ?

Entretenir sa foi, cette obligation que nous cite Thierno Bokar, est un moyen pour le jeune musulman de s’acquitter d’une injonction que le ciel évoque si bien dans le verset 4 de la sourate 48 (la victoire). Ce fameux « ajouter une foi à sa foi », semblable au fait d’avoir un vêtement neuf, et d’être conscient qu’il mérite souvent qu’on le lave et le repasse.  

Si j’évoque la jeunesse musulmane, c’est parce qu’elle demeure le dépositaire du legs des grands de l’islam. La mémoire du divin doit être le centre de rayonnement de tout ce qu’elle entreprend. En voulant, comme tu l’écris, « cheminer sur la voie soufie », notamment en voyant le divin en toute chose, ou encore « libérer le cœur de toute chose qui pourrait porter atteinte à sa tranquillité », il n’y a que le très haut qui puisse lui mener à bon port. Et bien sur, dans ce domaine précis, chez nous, des chefs spirituels toutes confréries confondues ont fini de faire leur preuve en tentant de montrer le chemin à leurs condisciples. « Ton chemin me mène parfois à la cité du scandale. Là ou mon énergie devient débilité, et où ma force devient source de calamité », se confesse Cheikh Ahmad Tijany Chérif (rta) de la Confrérie Tijanya, histoire de peindre une impuissance inouïe de l’être en quête de son créateur.Impuissance qui ne fait cependant pas du Seigneur ce « tyran qui menacerait de réduire la créature humaine à un état de servitude », pour psalmodier convenablement Cheikh Khaled Bentounes tel que tu le cites dans ton ouvrage. C’est surtout cette logique qui fait que l’on puisse saisir la conception qui veut que l’on parvienne à reconnaitre voie et voix chez son seigneur, et partant, en découvrant la meilleure version de soi. Eva de Vitrey parle d’un « évanouissement de l’être », Al Maktoum « d’un pur subjectivisme devant lequel toute autre objectivité doit être bannie » et Aristote  d’un « Dieu en nous ».

Cher Seydi Djamil, ceci est une modeste contribution s’inspirant de ma « lecture d’entre les lignes » de ton ouvrage. J’ai apprécié de fond en comble tout ce qui y a été dit sur la religion de Mouhamad (psl) dans un contexte ou l’on se doit de dénoncer un acte aussi ignoble qu’injuste à l’image du terrorisme. Et j’ai été interpellé par ce deuxième chapitre de la seconde partie qui traite de la spiritualité. Conscient que ce siècle est aussi bien celui de la spiritualité que de la jeunesse, j’ai voulu t’indexer afin que tu puisses aider la classe juvénile des adeptes de ta religion , notamment en t’inspirant d’un « islam spirituel », pour qu’elle puisse sortir du gouffre dans lequel elle se trouve. Dans son magnifique Koune Kàatimane, le vénéré Cheikh Ahmadou Bamba (rta) invitait tout jeune à avoir de la détermination pour, dit-il, « dépasser sa génération.»  

 Nous sommes jeunes tous deux, et devons être engagés afin d’élucider nos pairs sur les risques liés à « la marginalisation de ce qu’est l’essence de la religion. » Tant que le Dieu d’Abraham, de Moise, du Christ et de l’étoile de Médine (psl) continue à être vénéré par autant de jeunes des cinq contnents, il y’a espoir. Autrement, ce serait le proverbe issu de la tradition des Socé qui serait à l’honneur : « Nous avons été crées par le Divin. Toute personne le niant tout en jugeant être soudainement tombée du ciel a surement atterri dans le champ ou le territoire d’un quelconque etre humain. » Comme quoi, on appartient forcément à quelqu’un, sans que cette conception ne soit péjorative. L’essentiel, c’est qu’il y ait quelqu’un, créé par Dieu. Merci de nous dire ta position sur cette question, afin que l’on puisse retrouver une voie plutôt utile.

 

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.       

 

  

Page 4 of 24

Contact

SENPRESSE Site d'information générales
Adresse contact : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
Service Commercial : 77 459 42 33
 
 

Site Web

http://linguaspirit-international.com/
http://www.piccmi.com/
http://www.asfiyahi.org/
http://mourchidtv.sn/

 

Top
We use cookies to improve our website. By continuing to use this website, you are giving consent to cookies being used. More details…