En 1988, la conscience collective sénégalaise, comme s’inspirant d’un déclique à l’élan revendicatif, rétorque : « Wade, nous méconnaissons les membres de ta famille, et tu ambitionnes de gouverner ce pays ! » Comme quoi, chez nous, il ne suffit pas de crier comme un forcené pour voir ses revendications satisfaites par un conquérant du pouvoir. Ce fût, pour la première fois, l’apparition en public lors d’une manifestation, d’une femme originaire du pays de De Gaule, et qui remua ciel et terre pour  s’adapter à nos exigences sociales. Nul ne  devina que, 14 années plus tard, un autre membre de la famille du pape du Sopi allait se faire distinguer dans la sphère politique, notamment en faisant l’objet de « nominations pharaoniques ».     

 Un constat de taille a été fait par les férus de mémoires: c’est que Wade père ne mentionne nullement le fils dans son autobiographie. Né il y’a une cinquantaine d’années, Karim Wade ne semblait guère destiné à une carrière politique. Ses contemporains retiennent de lui un brillant apprenant plutôt passionné par la gestion administrative et la quête de financements. D’ailleurs, Yoro Dia, en analyste politique, précise : « Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi courtois. Malheureusement, quand on est fils d’un président de la république, prêter l’oreille aux courtisans est la pire erreur à commettre. »

L’ancien « ministre du ciel et de la terre » n’a pas été libéral avant que le libéralisme ne soit promu par son père, encore moins « régimiste» suite à l’élection de ce dernier en 2000, mais quelques « légitimistes » de son camp affirment que le jeune contribuait activement aux réunions du PDS à leur permanence à Paris. Cependant la seule légitimité qui vaille ici est le fait qu’il s’engage à mentionner une réalisation aussi médiatisée que celle de l’A.I.B.D (Aéroport International Blaise Diagne), ainsi qu’une partie des réalisations faites à Diamniadio, parce qu’ayant piloté et contribué à la mise sur pied de tels projets. Chez son père, gouverner signifiait  surtout édifier des réalisations par tous les moyens. C’est là l’affaire des leaders politiques qui ont une vision qui fait qu’ils ne lâchent point prise malgré autant d’années passées à s’opposer.

 Au-delà des conceptions idéologiques nées du libéralisme, Maitre Wade donne l’impression de croire à un principe qu’il s’est érigé lui-même en philosophie de vie : en matière politique, l’ignoble perturbateur n’est autre que toute personne qui ne soutien guère son fils. Une telle atrocité, tremplin pour l’ex président de la république, devrait sonner le glas chez tout militant imbu d’une profonde carrière politique au PDS. Quoi de plus illustratif pour peindre le portrait du leader autoritaire en matière politique ? Si Ousmane Sonko expose dans son livre ses solutions pour un pays que Macky Sall affirme porter dans son cœur, Wade, lui n’avait voulu spéculer sur les mots qu’en faisant référence à l’alternance.  Et les slogans de s’alterner comme dans une danse de mots qui écrasent les maux de notre société : « le Sénégal en chantier », « le Sénégal qui gagne »,…

 Londres, quartier ou se côtoient des hommes d’affaires au style de vie assez simple, épanouit à l’image d’un confort qui n’a rien du luxe privilégié chez les autres occidentaux, fut le fief de Karim Wade. L’accès du père au pouvoir en 2000 ne l’empêcha point de rejoindre le prestigieux UBS Warburg. Qu’est ce qui le poussa à revenir au bercail pour intégrer les affaires de la cité ? Ce qui est sûr, c’est que son rôle au début, plutôt orienté vers des dossiers techniques, ne fit pas l’objet de controverses. Ce n’est qu’avec l’affaire plutôt délicate de l’organisation de l’O.C.I (Organisation pour la Conférence Islamique) que les choses changèrent. Après tout, coordonner la venue de 57 états dans un pays comme le nôtre exige forcément un compte rendu digne de ce nom.

La G.C (Génération du Concret), l’outil politique qu’il « monta avec Abdoulaye Baldé » en 2006, ce sudiste qui n’a point daigné rejoindre le parti au pouvoir à l’heure actuelle, ne suffira point à édifier le peuple sur sa démarche. La flagrante mesure du père à l’égard d’un certain Macky Sall ne sembla plaire au peuple. C’est que, chez nous, la seule façon de peindre les réactions souvent ubuesques et incontrôlables des citoyens, s’apparente à cette prophétie d’un penseur : « Il est vrai que Confucius n’est pas Kocc Barma et que la Chine est loin d’être le Sénégal. Cependant ils ont une base philosophique commune : ne pas admettre complaisamment la supériorité du chef. » Quoi de plus illustratif que la réponse apportée dans les urnes en 2009, année durant laquelle le PDS perdit, pour la première fois, le quartier de Point E ? Ayant voulu être élu, Karim Wade n’a nullement vu venir l’électorat massif et fidèle d’un Khalifa Sall.

Le débat sur la succession n’a jamais été posé au PDS. En tout cas pas de la façon la plus démocratique qui soit. Un potentiel successeur à l’image d’idrissa Seck ne s’est-il pas vu attirer sur lui la foudre de Wade parce que s’étant érigé contre certaines décisions qui nuiraient aux privilèges du fils tant aimé ? Pourtant, l’année 1988, « l’année de revendication » coiffée par l’apparition de Viviane Wade a ceci de particulier : Idy fut, à l(époque, le directeur de campagne du pape du Sopi. 

Karim épousa une femme sénégalaise, enfourcha des boubous traditionnels, vit son entourage politique articuler le « Maissa » à chaque fois qu’il s’agit d’évoquer son nom, comme pour insister sur le fait qu’il est et reste sénégalais. Mais le débat se trouve ailleurs. Ses talents dans le domaine de l’acquisition de fonds ont été reconnus. Et c’est d’emblée ce qui peut être considéré comme un succès dans l’exercice de ses fonctions. Mais la façon dont il les a acquis ne cessera de faire couler de l’encre et de la salive. Comment comprendre qu’un citoyen sénégalais qui ne détenait pas 200 Millions de nos francs en 2000 puisse, en 2012, peser 700 Milliards ? L’homme fût, au moment où son père quitta le pouvoir, dix fois plus riche qu’une grande majorité de français, pourtant reconnus comme de grands entrepreneurs, parce que pesant en euros 1 Milliards pardi ! Et il y’a que la logique ne pourrait nullement cautionner le statut d’exilé politique qu’affichent ses militants. On ne choisi pas d’être exilé. On ne peut l’être que lorsqu’on ploie sous le joug d’un régime qui fait de la justice, « sa justice à lui », une arme contre ses adversaires, et non suite à un « deal ». Et Maitre Henry René Guaraud, en juriste à la compétence reconnue par l’occident, de se lamenter : « plus j’avance dans ma carrière, et plus la justice me fait peur. » « Et c’est, justement, parce que vous n’êtes pas sénégalais », lui rétorque un grand esprit de chez nous, défenseur d’une logique qui privilégie le droit à la vie au détriment de l’état de droit.

Le peuple se souviendra encore longtemps du marathon judiciaire vécu par Karim Wade. Marathon qui ne dût son salut  qu’a une forme de « gentillesse de Macky Sall », suite à une relaxation pure et simple le soir du 24 juin 2016. Soirée durant laquelle l’accès a internet fût impossible dans ce pays, ce qui justifie le fait que ce n’est que le matin que l’opinion publique pu être informée de la nouvelle de la libération. C’est donc un acte qui montre à quel point est ce que nos gouvernants peuvent s’aventurer sur un terrain des plus injustes et des plus inconnus du peuple.

Que dire des militants du PDS qui font de lui un potentiel candidat pour 2019 ? Ce qui est sûr, c’est que le peuple a finit de demeurer inerte face au proxénétisme politique. Il n’y a qu’une seule et unique façon de faire de l’homme un candidat sérieux : le faire communiquer sur des affaires aussi sensibles que l’O.C.I, sa libération ou encore l’origine de sa fortune. Il n’y a que le père qui s’attèle à cette tache depuis quelques années déjà. Un silence aussi assourdissant ne pourrait plaire à l’électorat sénégalais. Après tout, son arrestation avait été précédée d’une « demande sociale en termes d’éclaircissements » venant du peuple lui-même. Que dire donc d’un pouvoir qui préféra faire de lui la principale cible de sa traque, préférant laisser libre ceux qui transhument, à défaut de se perdre dans les dédales d’éternelles justifications et d’arrestations. « Rejoignez nous, et vous aurez l’esprit aussi limpide que celle d’un martyr, même si l’on vous traite de tous les noms d’oiseaux ! », semble t-il dire parfois.

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

 

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

76 517 03 84  

         

 

  

 

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 235 fois
Plus dans cette catégorie : « HOMMAGE AU MOLLAH DE SACRE COEUR

Contact

SENPRESSE Site d'information générales
Adresse contact : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
Service Commercial : 77 459 42 33
 
 

Site Web

http://linguaspirit-international.com/
http://www.piccmi.com/
http://www.asfiyahi.org/
http://mourchidtv.sn/

 

Top
We use cookies to improve our website. By continuing to use this website, you are giving consent to cookies being used. More details…