« La prison et les autorités conspirent pour dépouiller chacun de sa dignité (…) se laisser aller au désespoir mène à la défaite et à la mort. » Ce cri de cœur d’un leader aussi intègre que Mandela a ceci de particulier : il laisse croire à première vue qu’il n’y a rien de vraiment juste dans ce que la justice désigne comme un moyen de punir.  Ailleurs, loin du Sud de l’Afrique, et au même siècle que celui du triomphe de Madiba, un grand de la pensée, une voix d’une autre voie, affirmait : « D’abord, il y’a la conviction, qui a pour résultante la quiétude qui, elle-même, est à l’origine de l’incarnation de ce qu’on peut appeler dignité, cette vertu qui sécurise l’être  en donnant un sens à sa personnalité ». La liberté ne passe t-elle pas nécessairement par un désir de se sentir sécurisé face aux injustices et pratiques contre nature ? Entendons par là ceci : conviction plus quiétude plus dignité égalent liberté, ce mot si fort que des militants crient « à-tout-bout de-champ » depuis plus d’une année pour leur leader en prison : Khalifa Ababakar Sall.

 L’homme le plus médiatisé de l’année 2017 au Sénégal naquit en 1956, année marquée par un contexte politique assez rythmé, avec l’adoption de la loi cadre. D’aucuns aiment à rappeler l’attachement inouï qu’il porte à son homonyme, le Khalife Ababakar Sy (rta), disparu une année plus tard. Les tenues blanches que l’homme aime à porter, surtout lors de ses procès, ne sont sans nul doute pas le fruit du hasard, tout comme ses « convictions socialistes » du début. En effet, les rares images ou l’on voit le Khalife de Tivaouane porter une couleur autre que le blanc ont été retouchées au sens graphique du terme, et son engagement sans faille à coté de Senghor reste gravé dans la mémoire des inconditionnels du président poète. L’homme au bonnet carré symbolise aussi, chez ses condisciples, la fidélité de la façon la plus symbolique qui soit. Principe que l’on retrouve chez ce leader politique qui évolue pourtant dans un domaine où la transhumance a finit de devenir le sceau de la politique politicienne, en atteste son désir de poursuivre sa carrière politique avec le parti socialiste, et cela malgré leur fin de règne en 2000.  Et le comble, c’est que l’année suivante, il fut l’un des rares socialistes à devenir député suite à des législatives durant lesquelles le pouvoir en place avait procédé à un « raz-de-marée électoral monstre » ! 

 Tenter, de façon ubuesque, de poser cette question à un dakarois : « Qui est le maire de Dakar ? » Beaucoup répondent en citant Khalifa Ababakar Sall sans hésiter, avant de se rendre compte que tel n’est plus le cas. D’autres encore réfléchissent, la pupille orientée vers la droite, avant de se rendre compte qu’il ne s’agit plus du natif de Grand Yoff. Comme quoi, le nom de l’homme associé à son titre est comme ancré dans le tréfonds de la mémoire de ses contemporains. Au delà du cap de maire de Dakar qu’il enfourcha en 2009, qui ne fut pas surpris de voir l’homme battre Karim Wade, fils du chef de l’état, tout en publiant son patrimoine devant un jury composé d’hommes aussi intègres qu’objectivement crédibles à l’image d’Amadou  Mokhtar Mbow, de l’écrivain Cheikh Hamidou Kane ou encore du regretté  Mouhamadou Mbodj du Forum civil ?

 L’homme est exquis, travailleur, peu bavard, selon son entourage. Sa conférence de presse du 5 mars 2017, aux cotés de Serigne Moustapha Sy, a sans nul doute était le déclenchement d’un long processus qui, chez ses militants, aboutirait à un idéal : celui de le voir un jour triompher contre ce qu’ils désignent comme une certaine forme d’injustice. Des esprits loin d’être ouverts à des principes d’équilibre ont tout de suite trouvé la présence du leader des Moustarchidines comme anormale pour un guide religieux de sa trempe dans une affaire aussi délicate. Verser dans une telle démarche serait ignorer une chose : le président de parti du P.U.R détient une légitimité politique. Légitimité qui, selon l’homme qui s’engage à investir le Candidat Macky Sall pour 2019 cette semaine,   Ousmane Tanor Dieng, lui a été conférée par l’histoire. « Ton père et toi êtes les guides religieux les plus aptes à évoquer les affaires de la cité », confia t-il un jour au fils de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy. Khalifa Sall cita ce jour là sa position en tant que maire, et dont la mission consiste à coordonner et à contrôler les taches exécutées, le plus important revenant à toute une équipe. Serigne Moustapha Sy, quant à lui, évoqua des termes qui méritent que toute interprétation soit précédée d’une attention particulière : « ami », « confusion opposition-contre pouvoir »,…Tout laisse croire qu’une amitié loin d’être « annoncée au son d’une clarinette »  et une prise de position au-delà des sphères pouvoir-opposition avaient été affichées. Et pour ce qui est de l’aspect mystique de la chose, tentez d’expliquer les raisons du « recul tout en restant immobile » effectué par le responsable moral des Moustarchidines dans cette affaire à un néophyte dans ce domaine privilégié et vous obtiendrez la réplique la plus insensée qui soit. Le « maire d’entre le régime, la cellule de Khalifa Sall et l’audience d’avec le patron des Moustarchidines» est tombé dans son propre piège. Ni Serigne Moustapha Sy ni Khalifa Sall n’ont donc renoncé à leurs principes, même si changement de démarche il y’a.  

 « Ils veulent m’attaquer sur le champ politique et étouffer toutes mes ambitions, notamment en usant de leurs pouvoirs et en convoquant dame justice ! Ils veulent la guerre ? Ils l’auront ! » Ces paroles venaient d’un homme furieux, révolté à l’idée d’être apostrophé sur une mode de gestion qu’il a toujours jugé inclusive. Vêtu de blanc, debout devant une foule de personnes venues le soutenir, et l’ayant raccompagné du tribunal de Dakar à l’hôtel de ville, une détermination et une sorte de « suicide moral » se lisaient sur son visage.

 Aujourd’hui, du fond de sa cellule, l’ambition de l’homme a un autre visage. Elle est comme menée par ses pairs et malmenée par la justice. Ses communicants tentent tantôt de « victimiser leur leader », histoire de faire appel au coté affectif d’un peuple que toute forme d’injustice révolte assez souvent. L’on se rappelle encore de l’affiche publicitaire qui, durant les législatives de 2017, présentait une cellule sombre, avec deux mains représentant « l’ex maire de Dakar », les bras refermés sur eux-mêmes, comme pour dire « dehors, soutenez-moi. Je reste fort et digne là ou je suis. »  

 Il est vrai qu’en ce qui concerne l’aspect juridique de la chose, les personnes en charge du dossier ont une fois de plus prouvé le fait que la jurisprudence s’inspire à jamais d’une confusion assez singulière. Aucune logique ne peut justifier, par exemple, le fait que l’examen d’un pourvoi en cassation se fasse en quelques semaines après le dépôt des répliques fournies par des parties.         

 Toutefois le mal est ailleurs. Les militants dudit maire donnent souvent l’impression de se laisser valser par une justice et un pouvoir qui n’a d’yeux que pour une réélection en 2019. « Et si l’homme serait condamné à une période proche des élections, afin que ses militants  n’aient pas le temps d’intégrer d’autre partis politiques et de peser de tout leur poids sur les échéances ? », rétorque un jeune militant politique de l’opposition, assez expérimenté sur la question.  Il n’est point facile de mener à bon port une organisation politique nait d’une révolte ne datant que d’une année.  A quoi bon se battre dans un terrain miné dans lequel l’adversaire détient ce qui déclenche l’intégralité des détonateurs ? Même Abdoulaye Wilane, qui prêchait une grâce, donnait l’impression de narguer celui avec qui il fit chemin pendant des décennies. A quoi bon rentrer dans cette dynamique alors que l’on daigne rendre visite au prisonnier en question ? Il n’y a que le peuple qui puisse réagir face à une inconvenance que seul des impénitents défendent.

Au-delà de l’aspect politique de la chose, il y’a Dakar, qui demeure la seule ville dont le maire est en proie à une telle accusation. Au-delà de ce constat, figure un contexte : le fait qu’une telle accusation se tienne à une période assez propice pour éliminer tout adversaire occupant un poste stratégique. Malheureusement, il n’y a qu’une minorité agissante qui se bat encore afin que la vérité puisse prendre le dessus sur l’usurpation. Le reste étant comme immunisé contre le principe qui veut qu’un peuple soit lui-même détenteur de la destinée d’une nation. Et que dire d’une opposition se détournant de toute forme d’initiative fructueuse et sérieuse ? Il n’y a que les débats télévisés, les marches et les protestations de résultats d’élection et d’initiatives qui fondent leur geste. « Réagir, et non agir », tel semble être leur crédo. Quelque part, une voix interpelle, et semble dire : « Je sais user et abuser de l’art de la manipulation. L’opposition est comme une marionnette attachée aux cordes de mes désirs et caprices les plus profonds. J’ai, par exemple, procédé à l’annonce du décret radiant le maire de Dakar au moment crucial pour se lancer dans la campagne de parrainage, histoire de leur faire perdre du temps à protester une telle décision… ! » Bref, tout ceci n’est qu’une remarque. Toute ressemblance avec un personnage politique existant ne serait que pure coïncidence, et des plus hasardeuses qui soient.

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

76 517 03 84    

Évaluer cet élément
(5 Votes)
Lu 954 fois

Contact

SENPRESSE Site d'information générales
Adresse contact : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
Service Commercial : 77 459 42 33
 
 

Site Web

http://linguaspirit-international.com/
http://www.piccmi.com/
http://www.asfiyahi.org/
http://mourchidtv.sn/

 

Top
We use cookies to improve our website. By continuing to use this website, you are giving consent to cookies being used. More details…