La scène politique sénégalaise, avec ce qu’elle renferme dans ses coulisses et qui lui procure sa facette pour le moins mythique, a eu à faire l’objet, il y’a une décennie, d’une illustration d’un penseur de nature, fondateur de parti, et assez averti sur les événements et bouleversements du siècle passé dans ce domaine précis.

 

L’homme, assez averti sur le théâtre dont est l’objet la politique chez nous, nous confie sa vision des choses. Ecoutons le :  « D’abord, il y’a eu Blaise Diagne, assez confus à l’idée de raisonner ses compatriotes sur le fait de ne pas s’agripper sur les lambeaux du pouvoir, justifier les attaques verbales souvent mal fondées de ses adversaires, supporter le poids des français encourageant les uns et les autres tout en vivant sous le joug d’un complexe à l’égard de sa femme, originaire de la douce France. » Comme quoi le verbiage, les influences des frères de la métropole et les ambigüités de la politique politicienne, ne datent point d’aujourd’hui. Il poursuit : « Ensuite, il y’a eu Gualandou Diouf, qui s’engagea à promouvoir un coté « trop sénégalais », et donc assez imbu des dérives qui font dévier tout projet de société dans ce pays. Ce fut au tour de Lamine Gueye, plutôt bourgeois, qui su bien débuter pour finir par avoir affaire à un entourage passé maitre dans l’art de piller les ressources de ce pays. Quant à Senghor, on le qualifia de mythique aux pensées surréalistes. Et ses fameux « camarades » qui firent raisonner le timbre de sa voix envoutèrent à jamais ses concitoyens, loin d’avoir pris conscience des actions concrètes pouvant faire évoluer les choses. »

 Le contexte politique actuel peint un désir de changement pour certains, et une volonté de soutenir à jamais « les adeptes de l’émergence » pour d’autres. Les deux camps s’affrontent en prélude à l’élection présidentielle de février 2019. Jusque là, le chef de parti de l’A.P.R donnait l’impression de maitriser ses adversaires, au point que l’on s’interrogea réellement sur le poids politique de l’opposition. Qui eut cru qu’un jeune leader aussi « averti et dangereux » pour le régime en place à l’image du chef de file de PASTEF aurait fait surface ? Ayant évolué dans la citadelle ou le crédo demeure « L’argent n’aime pas le bruit »,  Ousmane crie son ras le bol d’un système qu’il juge corrompu, Sonko accouche sur du papier « ses injustices » en termes de gestion des ressources économiques , l’inspecteur des impôts use d’un verbe qui dénonce toute pratique allant à l’encontre des valeurs politiques, le député défie le régime sur des questions aussi sensibles que le cout du T.E.R et le candidat du PASTEF réplique à toute attaque contre sa personne et sa démarche politique.

L’art de taper sur la fourmilière de la classe politique décrit la méthode de Sonko. A  l’exception d’un Abdoulaye Wade, épargné parce que « assez brillant en tant qu’intellectuel, quoiqu’on puisse dire » selon ses propos lors de la présentation de son livre Solutions, l’homme au physique d’athlète, à la barbe bien entretenue et à l’élégance vestimentaire distinguée, prône une rupture avec le clivage libéralisme-socialisme-communisme, celui là qui peint l’histoire du Sénégal. C’est d’ailleurs ce qui lui a valut l’attribution d’un profil d’anti-système. Profil qu’un Cheikh Yérim Seck tenta de considérer comme peinte d’ambigüité, en le traitant de « produit du système » lui-même. Là aussi, Sonko  répliqua d’une manière qui fit comprendre à quel point il détient assez d’arguments en toutes circonstances. Et le leader du PASTEF de dénoncer à la fois la vision étriquée du journaliste sur le système en question et le soulèvement d’un débat synonyme de stigmatisation en rapport avec son appartenance religieuse. Comme quoi les questions n’ont pas été des meilleures, parce que ne frôlant nullement le contenu de l’ouvrage. Contenu revenant sur un programme politique et ses grandes lignes. L’essentiel, ce n’est point la barbe qu’il porte, mais plutôt ce que l’homme a dans la tète !

Il faut plus qu’un « magui giss » (j’ai constaté) et « dégg na » (il parait que)-tels ont été les propos du patron de Yérimpost pour se faire comprendre et agir avec tact comme journaliste. A Senghor refusant de s’imposer comme le gardien de la constitution et des destinées du Sénégal, parce que de confession chrétienne dans un pays à 95% de musulmans, un guide religieux rétorqua : «  Nous n’avons pas soutenu que tu es pour nous un chef religieux, mais plutôt un leader politique. Nous restons à jamais ancrés sur nos valeurs en tant que musulmans. Là est un autre débat. » D’ailleurs, ne bénéficia t-il pas de soutiens de Khalifes aussi intègres à l’image de Serigne Babacar Sy et de Serigne Falilou Mbacké ? Les vieux senghoristes se rappellent encore de la fameuse « Senghor Séngue thia kaw ! » (Senghor à jamais au sommet de la hiérarchie politique) de Serigne Fallou Mbacké ! Le débat se doit d’être orienté ailleurs…Là où le situe Ousseynou Ly, jeune membre de la Cellule de Communication de PASTEF aux publications distinguées sur les réseaux sociaux. Et le jeune militant de préciser : «  Les sénégalais ne sont plus dupes. Après 60 ans d’indépendance, nous ne pouvons plus continuer à faire de la politique de la même façon. Le peuple est bien informé…Il y’a là une autre manière de percevoir l’action politique aujourd’hui. »  Ailleurs, son leader n’hésite pas à interpeller Macky Sall lui-même : « Il faut beaucoup plus que des feintes présidentielles pour se dédouaner d'un débat inévitable. Oui monsieur le Président, il s'agit d'une question très sérieuse. Mais, votre gestion ne l'a pas été. Vous avez délibérément compromis les intérêts du Sénégal et c'est inacceptable. Si vous vous estimez diffamer, portez plainte ! Si vous avez des arguments à faire valoir, acceptez un débat direct et contradictoire ! Si vous n'osez rien de cela, faites profil bas comme tout transgresseur pris la main dans le sac. »

Ousmane Sonko est natif de Thies, et donc du Cayor, ces gens chez qui beau langage et philosophie restent des points forts, même si ses origines de sudistes semblent les plus évoquées. N’empêche, l’on ne peut juger un chef politique que lorsqu’il sera exactement là où l’on s’attend à ce qu’il prouve que tout engagement doit être suivi, le moment venu, d’une action concrète. Il ne suffit pas d’être éloquent pour être apte à diriger un pays aussi complexe que le Sénégal. Pays qui s’identifie de manière ubuesque à la France dans un domaine : une demande des citoyens à ce qu’on leur mente ! Paradoxale. Et c‘est pourtant ce qui a interpellé, ailleurs, une certaine opinion suite à la publication de l’ouvrage Menteurs , du journaliste français Jean François Kahn. Pour lui, si certains membres de la classe politique sont menteurs, c’est que ce sont les citoyens eux-mêmes qui en demandent pardi ! Comment ? En accordant point d’importance aux candidats justes, honnêtes et assez intègres pour gouverner….Ce débat ne mérite t-il pas d’être posé chez nous ? Ce fut le cas de candidats à l’image d’Ibrahima Fall, de Cheikh Abdoulaye Dieye pour ne citer que ceux là. Le peuple est aussi responsable de ce qui arrive ! Voila pourquoi Ousmane Sonko, jugé bon dans ce domaine, n’a nullement le droit de prendre le chemin inverse. Cela risque de faire basculer l’espoir de ceux qui, jusque là, le « prennent pour crédible ».  

L’entourage respectif du leader de PASTEF juge l’homme comme ayant été un surdoué qui, durant sa tendre enfance, a su réciter sans anicroche aussi bien les versets coraniques que les leçons apprises à l’école française. Mais la chose politique, c’est aussi l’incarnation d’un leadership au vrai sens du terme. Ses atouts, ceux là que l’on distingue dés qu’il s’exprime en public, demeurent une conscience de soi  associée à un désir d’aller loin plutôt rare. Son gestuel définit un homme qui sait user d’un sens de la mesure, et son regard loin d’être fuyant montre qu’il n’a nullement peur de son auditoire, encore moins du chef de famille confus à l’idée de choisir son candidat ou du jeune étudiant assoiffé de changement qui le suivent  tous deux devant  l’écran téléviseur.

 

Entre des charges fiscales et des engagements politiques, la volonté symbolise le pas d’Ousmane Sonko. Mais il faut un entourage averti pour accomplir  tout ce dont l’homme entreprend. L’handicap des « leaders meneurs », c’est souvent le fait de ne point avoir un entourage assez conscient, compétent et déterminé qui puisse les suivre. Le jeune fonctionnaire qui a su participer aux assises nationales, malgré une menace ferme de l’état à l’époque de sanctionner toute personne de son statut contribuant à une telle initiative, se doit de continuer à faire de  « l’anti-système et du patriotisme » des tremplins, afin de combattre le proxénétisme politique qu’il dénonce. Mais aussi être conscient  d’une chose : il n’y a rien de plus complexe que le fait de s’improviser bâtisseur d’une telle idéologie. Certes, à l’instar d’Emmanuel Macron de la France, de Justin Trudeau du Canada, de Charles Michel de la Belgique,  d’Alexis Tsipras de la Grèce, d’Andrzej Duda de la Pologne, de Leo Varadkar de l’Irlande ou de Tamin Ben Hamad al Thani du Qatar, tous figurant dans une tranche d’âge comprise entre 39 et 43 ans, ses 44 années vécues symbolisent  en politique une jeunesse qui en veut. Ah ! La jeunesse ! synonyme de revendications et de désirs d’assurer des relèves de toutes sortes. C’est aussi la période de l’affirmation, du désir de vouloir incarner ce qui peut faire changer les choses…C’est enfin l’âge ou l’humilité est souvent perçue par certains leaders de sa trempe comme un frein. L’on s’affirme, se réaffirme, et finit à un moment donné par être victime de ce qu’un chef spirituel de chez nous désigne par  le concept de « tatouage intellectuel »-pour ne pas dire « tatouage politique », c’est-à-dire d’être dépourvu d’un esprit d’ouverture qui fait que l’on peine à adhérer aux avis des autres…Vouloir que tout un chacun perçoive les choses exactement comme nous le concevons peut être fatal à un leader de sa trempe. Et ce sera au moment de devoir opérer une alliance que cela se fera sentir. En attendant, ses 252 pages sur le pétrole, son audace démesurée, son charisme et ses allocutions lui ont assez procurés sa « dose de surmenage médiatique »….Même si cela semble être tout aussi bénéfique à sa notoriété. « L’essentiel, c’est de faire parler de soi », aiment à rétorquer avec un sourire parfois ironique les adeptes du Marketing Politique, ceux là qui n’ont d’yeux que pour la démocra-cible !

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

Senpresse.Com

 

cheikhahmad2@gmail;com

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