Jacques Mailhot rétorque : « Politicien ambitieux ? Pléonasme. » Pour lui, le politicien ne peut nullement être pénétré des principes qui veulent qu’il puisse anticiper sur un besoin lié à l’équilibre d’un pays. Encore une prise de position qui rappelle que la France n’est point le Sénégal, et que le chef de parti aujourd’hui considéré comme « l’adversaire de taille du régime », avec l’audace qu’on lui connait, aurait crié « Objection », parce que trop ambitieux pour pouvoir accepter qu’une telle assertion puisse être logique.

 Nous sommes le 7 février 2006. La plupart des sénégalais, loin de se soucier des réalités de ce pays, s’installaient avec aisance devant leur écran téléviseur, préférant voir un ballon rond faire l’objet d’envolées de la part d’El Hadj Diouf. Lions et pharaons du football se rencontraient sur un même terrain, et ceci pour la 25e Coupe d'Afrique des Nations. A quelques minutes du coup d’envoi, loin des regards indiscrets, un chef politique était discrètement libéré après 199 jours d’incarcération, parce qu’accusé d’atteinte à la sureté de l’Etat, en plus d’un dossier aussi médiatisé que celui des chantiers de Thies. Et pourtant, nul ne pouvait prédire un conflit qui l’opposerait à son mentor dans le domaine, maitre Abdoulaye Wade, alors président de la république à l’époque.

C’est le portrait d’un homme qui n’aime rien faire comme les autres. Idy affectionne le jeu d’échec et de la stratégie. Il veut toujours être le premier à jouer sur un registre. L’on se rappelle de sa sortie après la fameuse journée du 23 juin, avec sa formule ainsi libellée : « Nul besoin de nettoyer sous la pluie ». Une façon de montrer que les résistances qui s’étaient illustrées avaient déjà dignement porté le combat. Et que dire du 19 avril, suite aux manifestations sur la loi pour le parrainage ? L’homme a préféré « offrir à ce jour symbolique » sa pièce de monnaie, avec pour pile un engagement plutôt risqué qui lui valut d’être arrêté, et pour face un coup de projecteur médiatique obtenu avec brio. Qu’a-t-on retenu, sinon qu’il ait été le premier a être retenu pour un combat assez noble ? Un politicien ayant tardivement compris la démarche a tenté en vain d’expérimenter la chose, voulant obliger les forces de l’ordre à le cueillir, ce que ces derniers refusèrent, sous les éclats de rire des journalistes sur place. Comme quoi il ne suffit pas de crier comme un forcené pour s’imposer chez nous, mais de faire preuve d’une certaine stratégie.    

 Comprendre Idrissa Seck, c’est revisiter l’œuvre d’un homme qui jongle avec les styles de leadership en fonction des contextes.  La démarche du meneur semble définir sa façon de diriger un parti politique. C’est simple : il veut changer le Sénégal, a une vision assez claire de ce qu’il souhaite faire de ce pays et de là ou il compte l’emmener, et est prêt à faire face à ceux qui se mettront sur son chemin.

« Ndamal Kadjor » manie le verbe avec aisance. De son gestuel mesuré à sa posture de leader, en passant par son « regard mitraillette » qui balaie d’une traite son auditoire, sa façon d’avoir l’air inerte et de se concentrer quand on l’interpelle sur une question qui l’intéresse en dit beaucoup sur sa personnalité. Le coté sémantique de ses discours illustre « une politique autrement », et définit bien le fait qu’il évite avec tact le « jargon politique » qui définit le mal de la gouvernance chez nous. C’est la force des hommes imprégnés des méthodes les plus efficaces de la Communication Politique, à l’image d’un Macron que le terme « police de proximité » rebutait parce qu’ayant été un échec pour ceux qui il a succédé. Loin de la pensée émanant d’un sage de chez nous qui peint le portrait parfait des gens du Cayor, il tente, bien que philosophe pour les autres, d’avoir l’intelligence de son beau langage.

« Suivez-moi », tel semble être son crédo en tant que leader ! Ce qui définit justement la personnalité du meneur qu’il incarne avec brio. Pour lui, sa conscience est le centre de rayonnement de la solution miracle qui pourrait sortir ce pays du chaos dans lequel il est plongé. Et en tant que pur produit d’une organisation politique d’appartenance libérale, en l’occurrence le P.D.S, il sait être démocratique dans sa façon de manager, en atteste le fait qu’il cite les maintes fois durant lesquelles il consulte ses collaborateurs immédiats, mais aussi coercitif et autoritaire. Sa façon de diriger ne semble point être affilié à l’affection, parce que trop occupé à justifier par la raison toute chose dite ou devant être entamée. A défaut de chiffres et de déclarations parfois gratuites, il sait cacher toute forme d’ambiguïté dans ses propos.  Mieux, il aime à citer ses « prédilections d’un passé récent » comme un devin ayant affaire à des impénitents. Il sait trouver, avec le régime actuel, un jeu favori : écraser avec ironie les néophytes loin d’être préparés à évoluer dans un parti qui a la lourde charge de gouverner ce pays. Leurs imperfections restent les éléments donnant un brin d’humour  à ses sortes de délires pour détendre l’atmosphère face à des militants parfois tendus.

Charles De Gaule disait : «  La politique est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux politiciens. » Idrissa Seck le sait. Par ailleurs, il trouve le moyen de faire de la politique sans pour autant ressembler à un politicien tel qu’il est considéré chez nous, le terme ayant été accouplé à une signification péjorative. Il verse dans les écrits coraniques, cite Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum, narre les récits de Napoléon et revient sur Exodus de Youssou Ndour. L’homme qui évoqua le terme internet pour la première fois lors d’un conseil des ministres élargit, au grand étonnement du Président Abdou Diouf qui demandait de quoi il s’agissait, a plus d’un tour dans son sac.

 Mais tout ceci suffit-il au citoyen sénégalais pour accorder voix et confiance à l’homme ? S’il est vrai qu’il semble apparemment dévoué et que son discours évoque une rupture, il n’en demeure pas moins qu’il fit partie intégrante d’un gouvernement, alors que le sénégalais lambda est comme plongé dans une quête des plus naturelles : un changement symbolisé par une personne pouvant incarner une conscience politique nouvelle. Et c’est la raison pour laquelle des leaders politiques de la trempe de Sonko ou Issa Sall du P.U.R fascine quelques uns. Il s’y ajoute le bal des  injustices avec, au beau milieu de la piste, un état qui valse avec le Maire de Dakar, et qui a fini d’éveiller le coté émotif du peuple sénégalais. Quoi de plus urgent donc pour Idrissa Seck que de promouvoir une pensée politique nouvelle, loin des conceptions partagées avec le régime libéral ? Et si l’homme trouvait le moyen de refuser l’étiquette d’opposant éloigné du front qu’on lui colle ? Que de questions qui triturent sans nul doute les méninges d’aucuns. L’essentiel est de guérir des maux du passé, tel les résultats plutôt insatisfaisants des élections de 2012. Même les triomphes ont besoin d’un bilan digne de ce nom. «  Nous avons gagné la bataille. C’est bien. Mais essayons de comprendre comment… », disait Alexandre Legrand à ses soldats. Une facon assez intelligente pour le stratège de roi de développer des réflexes de succès chez ses hommes.

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

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