Mon cher frère,

« L’islam est un tremplin, et le plus sur pour guider l’humanité vers le salut », nous confie l’auteur de pour ceux qui comprennent et ceux qui veulent comprendre l’islam, en l’occurrence Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy. Je n’ai pu trouver de maxime plus illustrative pour résumer ce que mon « oreille de la compréhension »,-pour reprendre le concept de Thierno Bokar que tu cites pertinemment dans ton ouvrage,-a pu souffler à ma conscience en quête de connaissances profondes.

J’ai parcouru avec une fierté immense, et avec l’attention religieuse que cela exige, Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier, ton ouvrage dont la profondeur et le style ont fini de séduire d’aucuns. Cette fierté se résume en cette formule que je me suis répété en monologue : « En voila un, parmi mes frères en Dieu, qui a su cerner la seule et unique chose qui puisse procurer à la jeunesse musulmane un souffle nouveau dans ce contexte de crise générale et généralisée : la quête de la spiritualité. »

Les écrits d’Eric Geoffroy, que tu cites dans ton ouvrage, restent des exemples frappants dans ce contexte précis. André Malraux avait raison d’anticiper sur la nécessité de moraliser nos systèmes en ayant pour pierre angulaire la religion. Mais à l’état actuel des choses, c’est le spirituel qui devrait servir de gouvernail pour la barque de ceux qui peuvent être considérés comme des élus : les musulmans.

Mon cher frère, tu t’inspires d’un contexte, je pars d’un constat : la réalité qui se dessine dans un pays comme le nôtre mérite qu’un chercheur de ta trempe puisse s’exprimer sur une sorte de « délaissement de la spiritualité au profit d’une forme de pratique plus ou moins traditionnelle ». La jeunesse musulmane peine à s’enraciner des principes fondamentaux de la religion. Chez nous, le rituel a prit le dessus sur le spirituel. L’on tend plus à une pratique guidée par l’inconscient-pour ne pas dire l’ignorance face à une religion qui spécule sur la quête du savoir.

Si l’auteur de l’islam sera spirituel ou ne sera plus évoque une inversion des valeurs, quel dénouement pour le « projet métaphysique de l’islam » pour la jeunesse musulmane ?  Je dirai même qu’il y’a plus qu’une inversion de valeurs, mais un règne de tendances. Les valeurs se font rares à l’image de la nature morte qui laisse place à des espaces industriels et mécanisés. Un grand de la confrérie Tijanya a invité ses condisciples à avoir une perception de la chose coranique plutôt authentique en précisant : « Le livre saint contient des versets qui ne sont pas qu’a mémoriser, elles doivent aussi être maitrisées. Leurs recommandations doivent, à défaut d’une simple pratique, faire l’objet d’une application réfléchie. » C’est là tout l’aspect spirituel de la chose : faire de sorte de sanctifier toute forme de dévouement des recommandations religieuses. Même l’invocation, bien que prescrite, se doit d’être inscrite dans une dynamique spirituelle, afin de ne point être dépourvue de sacralité. « On ne dérange pas le protocole du trône pour quelque chose d’insignifiant », nous confie Seydil Hadj Malick Sy (rta) de Tivaouane. Zikr comme Fikr devraient surtout contribuer à la réalisation de cet idéal, mais elles ont tous deux pour sujet l’homme, ce « descendant d’Adam et dépositaire d’une partie de l’esprit de Dieu », pour reprendre la démarche de Thierno Bokar que tu cites avec aisance. Il y’a ceux qui prennent le Zikr pour moyen de « se souvenir », c’est-à-dire d’opérer ce retour à la source tant convoité par les soufis premiers. Il y’a également ceux qui considèrent comme péché le fait de « se souvenir », parce qu’il ne fallait point verser dans l’oubli au point d’avoir à se rappeler. Ce sont ceux là même qui sont en perpétuel contact avec leur source, considérant Dieu comme l’ensemble de tout ce qui existe. Que dire donc des autres, qui confondent ce retour à la source au fait de vivre le passé, et notamment en distinguant point les « deux islam » que tu évoques : Islam et islam ?

Entretenir sa foi, cette obligation que nous cite Thierno Bokar, est un moyen pour le jeune musulman de s’acquitter d’une injonction que le ciel évoque si bien dans le verset 4 de la sourate 48 (la victoire). Ce fameux « ajouter une foi à sa foi », semblable au fait d’avoir un vêtement neuf, et d’être conscient qu’il mérite souvent qu’on le lave et le repasse.  

Si j’évoque la jeunesse musulmane, c’est parce qu’elle demeure le dépositaire du legs des grands de l’islam. La mémoire du divin doit être le centre de rayonnement de tout ce qu’elle entreprend. En voulant, comme tu l’écris, « cheminer sur la voie soufie », notamment en voyant le divin en toute chose, ou encore « libérer le cœur de toute chose qui pourrait porter atteinte à sa tranquillité », il n’y a que le très haut qui puisse lui mener à bon port. Et bien sur, dans ce domaine précis, chez nous, des chefs spirituels toutes confréries confondues ont fini de faire leur preuve en tentant de montrer le chemin à leurs condisciples. « Ton chemin me mène parfois à la cité du scandale. Là ou mon énergie devient débilité, et où ma force devient source de calamité », se confesse Cheikh Ahmad Tijany Chérif (rta) de la Confrérie Tijanya, histoire de peindre une impuissance inouïe de l’être en quête de son créateur.Impuissance qui ne fait cependant pas du Seigneur ce « tyran qui menacerait de réduire la créature humaine à un état de servitude », pour psalmodier convenablement Cheikh Khaled Bentounes tel que tu le cites dans ton ouvrage. C’est surtout cette logique qui fait que l’on puisse saisir la conception qui veut que l’on parvienne à reconnaitre voie et voix chez son seigneur, et partant, en découvrant la meilleure version de soi. Eva de Vitrey parle d’un « évanouissement de l’être », Al Maktoum « d’un pur subjectivisme devant lequel toute autre objectivité doit être bannie » et Aristote  d’un « Dieu en nous ».

Cher Seydi Djamil, ceci est une modeste contribution s’inspirant de ma « lecture d’entre les lignes » de ton ouvrage. J’ai apprécié de fond en comble tout ce qui y a été dit sur la religion de Mouhamad (psl) dans un contexte ou l’on se doit de dénoncer un acte aussi ignoble qu’injuste à l’image du terrorisme. Et j’ai été interpellé par ce deuxième chapitre de la seconde partie qui traite de la spiritualité. Conscient que ce siècle est aussi bien celui de la spiritualité que de la jeunesse, j’ai voulu t’indexer afin que tu puisses aider la classe juvénile des adeptes de ta religion , notamment en t’inspirant d’un « islam spirituel », pour qu’elle puisse sortir du gouffre dans lequel elle se trouve. Dans son magnifique Koune Kàatimane, le vénéré Cheikh Ahmadou Bamba (rta) invitait tout jeune à avoir de la détermination pour, dit-il, « dépasser sa génération.»  

 Nous sommes jeunes tous deux, et devons être engagés afin d’élucider nos pairs sur les risques liés à « la marginalisation de ce qu’est l’essence de la religion. » Tant que le Dieu d’Abraham, de Moise, du Christ et de l’étoile de Médine (psl) continue à être vénéré par autant de jeunes des cinq contnents, il y’a espoir. Autrement, ce serait le proverbe issu de la tradition des Socé qui serait à l’honneur : « Nous avons été crées par le Divin. Toute personne le niant tout en jugeant être soudainement tombée du ciel a surement atterri dans le champ ou le territoire d’un quelconque etre humain. » Comme quoi, on appartient forcément à quelqu’un, sans que cette conception ne soit péjorative. L’essentiel, c’est qu’il y ait quelqu’un, créé par Dieu. Merci de nous dire ta position sur cette question, afin que l’on puisse retrouver une voie plutôt utile.

 

 

Maam Cheikh

Chroniqueur

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