Il y’a 92 ans, le ciel offrait à l’humanité un cadeau, et au Sénégal un privilège : celui de te voir naitre de la façon la plus noble qui soit. Sous l’ombre de l’œuvre du prince de la tijanya, celui là dont tu fus plus tard la prunelle de ses yeux, et de cette femme à la témérité aussi remarquable que le commun des hommes de son époque réunis, tu su assez tôt prendre les devants, notamment en intimidant le tréfonds de la conscience de tes contemporains. La date d’aujourd’hui marque celle de ta venue au monde, et cela fait 9 mois et deux semaines que tu nous quittas.

Je n’oublierai jamais cette nuit du mercredi 15 mars ou j’appris ta disparition vers les coups de deux heures du matin. Je su là que quelque chose, cet « autre moi », s’en allait à jamais. « O temps suspend ton vol ! », semblait être le crédo qui résumait parfaitement la situation. C’est qu’il faut une certaine présence pour être apte à donner du sens à l’impact du temps et de l’espace dans la vie. Moi qui suis habitué à la méditation de pleine conscience, je ne pus m’empêcher d’être atteint par le coté tragique de la chose.

 Si ce ne fut la logique purement héritée d’un responsable moral, et qui suppose qu’il est des hommes dont la disparition faisant suite à l’accomplissement sans faille de leur mission sur terre est triomphe, je ne saurai supporter ton absence. C’est d’ailleurs une preuve de l’influence à la fois mystique et psychologique de l’action de Seydi Mouhamadoul Moustapha Sy sur la conscience collective moustarchide. Même le geste symbolique d’Ababakar Sy (rta), celui là qui fit qu’il dédia le Mouvement Moustarchidine à la mémoire des gens de la caverne-chose apprise dans tes écrits-,  trouva tout son sens le jour du deuil. Les milliers de fidèles, tes inconditionnels, se retrouvèrent à Tivaouane sans que l’on ne sente une manifestation distinguée de la lourdeur de ton absence. Il est des tristesses tellement profondes que l’on ne ressent ni la clarté du jour, ni le besoin d’éclater en sanglots. Les larmes qui coulent de l’intérieur sont sans nul doute les plus difficiles à essuyer. Mais la sérénité de tout un chacun est plus qu’une simple attitude, elle est ce que tu appelas jadis « une forme de présence de l’esprit de Cheikhal Khalifa dans celui des disciples. » 

La pensée que tu nous as léguée a une authenticité distinguée. Elle réfute toute forme de démarche faste ou cérémoniale liée à la mort. Mieux, elle considère cette dernière comme un intérêt à la fois scientifique et mystique. Si ce n’est une plume pour communiquer et une conscience moustarchide pour interpréter les choses, je ne trouve point un élément plus symbolique pour t’écrire.

 Je ne t’interpelle point, de peur de déranger le protocole d’un Homme de Dieu qui a su passer par une porte, histoire de pouvoir retrouver ses « collègues » de l’autre galaxie et assurer d’autres aspects essentiels de sa mission dans d’autres sphères. Je reste persuadé que tu as d’autres préoccupations que de rester inerte dans une tombe, le geste de tes prédécesseurs t’ayant inspiré dans ce domaine précis. Loin de là, je tiens à magnifier ton geste sur terre. Geste qui a su faire de nous des hommes au vrai sens du terme. Avec toi, nous avons pu appréhender le sens de la spiritualité, gouter aux saveurs d’un savoir incommensurable, passer des nuits à Tivaouane en étant bercés par le timbre de ta voix si magnifique et la profondeur de tes discours authentiques, donner du sens à notre vie en tant que citoyen modèle, cultiver ce champ à ne point fuir qu’est celui du travail,  faire du sens de la mesure un tremplin au quotidien, échapper aux vicissitudes de l’archaïsme débordant,…

Tu laisses derrière toi un Sénégal évoluant toujours sous le joug d’une crise de logique. Aucun des systèmes n’a su, jusque là, trouver une issue de sortie. L’Etat de droit que tu jugeas moins utile que le droit à la vie reste ce « machin » qui a pour piliers les ambigüités de la politique politicienne. Au siècle passé, ton unique chef spirituel, l’homme au bonnet carré, se lamentait du fait que la France nous procurait des salariés à défaut de grands missionnaires. Mais il faut être apte à pouvoir exercer un métier pour revendiquer un salaire. Nous avons affaire au règne de l’incompétence absolue dans toute sa dimension dans ce pays pardi !  La vérité et le bon sens n’ont plus leur place dans le cercle politique. Même l’opposition prenant des élans de donneurs de leçons peinent à poser des actes concrets….Il n’y que quelques rares acteurs politiques qui arrivent à s’imposer convenablement.

« La soumission de l’âne prouve le fait que le respect ne se gagne pas en râlant à tout-bout-de champs ! », disait tu assez souvent en traduisant le fameux « Inna Anekarale Aswàti la Sawtoule Hamiire » du coran. Et c’est là la façon la plus simple de définir le verbiage qui règne actuellement. Cette démarche tendant à vouloir juger comme insignifiante l’action de « ton Cher Moustaf » est toujours d’actualité…et il y’a que les férus d’actualité et acteurs du journalisme que nous sommes ne daignent point répondre à ces « détraqués ». Quoi de plus simple que de répliquer face à un esprit corrompu ou buté ? lls n’ont pour source d’inspiration que la logique héritée des colons, celle là qui te fit dire que le blanc ne voulait que le marabout ne fasse autre chose que de rester marabout, avec ce que cela comporte de caricaturisme, d’effacement et de farce. Effacement que tu nous prohibas le 29 janvier 2000, en nous incitant d’ailleurs à nous allier avec le camarade El Hadj Issa Sall, afin de contribuer à l’édification d’un Sénégal meilleur. Depuis 6 mois déjà, une action politique assez PURE a vu le jour, et ne compte point s’arrêter là.

« Ah ! Si un jeune pouvait renoncer à sa jeunesse pour se consacrer uniquement aux exigences de sa maturité ! », aimais tu à rétorquer. Ce message si fort ne peut être perçu que par un jeune assez préparé pour se mesurer aux exigences de ce siècle. Le Responsable Moral évoquait récemment une révolution, en faisant référence à sa communauté, celle des enfants gâtés du ciel. Et cela devait commencer, à mon avis, par le fait de prendre conscience là du début d’une mission qui ne peut nullement être limitée dans un cercle purement religieux. Quant on a affaire à un guide qui qualifie son mouvement de spirituel, il faut que l’on soit à la fois profond dans la réflexion, concret dans les actes à poser et ouvert aux réalités politiques, religieuses, économiques, culturelles et sociales de son pays. Mahatma Ghandi disait que le changement s’incarne. On ne peut donc que commencer par « se révolutionner soi-même », en tentant de s’améliorer, pour reprendre la fameuse maxime de Georges Brassens. C’est ce qui pourrait donner une force remarquable aux acteurs en question une fois réunis. « Une révolution doit forcément créer de nouvelles conditions. Autrement, il ne s’agirait que d’un simple changement », soutenait Mawdo Lo, un condisciple assez averti sur le contexte actuel.

O Al Maktoum ! Les pensées répétées de l’être finissent par devenir des croyances, puis des réalités. Je ne peux que prier le ciel afin que celle qui s’étend au delà de tout ce qui traverse mon esprit puisse se réaliser un jour : celui de te voir le moment venu, dans la Haute Galaxie, de pouvoir revivre ta présence qui attire l’attention et retient le regard, entendre le timbre de ta voix qui flatte l’entendement et touche le cœur, embrasser tes mains qui ont su écrire à l’encre indélébile pour le poète que tu fus les plus beaux vers jamais illustrés, contempler ton visage qui fut une forme de consolation pour tes petits fils spirituels qui attendaient ta présence annuelle lors du mawlid, revoir tes pieds qui ont su marcher sans trébucher sur la voie à la fois symbolique et complexe de la Haqiqa, pour enfin sentir que j’ai devant moi celui là que le fameux « voila le marabout : feu ! » rétorqué par le blanc n’a point atteint, parce qu’incarnation pure d’une immortalité au vrai sens du terme. Que Dieu nous préserve de la petitesse d’esprit de ceux qui te croient « morts » ! 

 

Maam Cheikh

Chroniqueur/Senpresse.Com

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