Cher Frère,

 

Cela fait aujourd’hui trois mois que tu quittas ce monde. Ta source d’inspiration, le fameux tribun de Tivaouane-dont le coté plutôt ubuesque de la disparition 3 mois avant la tienne t’avait foudroyé comme un vent violent l’aurait fait avec une feuille tombée en printemps -, rétorquait à ses contemporains que la mort est un centre d’intérêt à la fois scientifique et mystique. Je méconnais l’aspect scientifique de la chose, si ce n’est uniquement l’usage de l’eau de rose pour le bien du corps enseveli. Mais ce qui est sur, c’est que les mystiques ont toujours considéré notre rapport aux morts comme quelque chose de vraiment symbolique. Seydil Hadj Malick Sy (rta) disait de ce lien sacré qu’un rideau tout aussi léger fait office de frontière entre morts et vivants. Le Khalif Ababakar Sy (rta) va plus loin en personnifiant une forme de « complicité » entre une lettre et un timbre.

Tout ceci demeure pour moi un prétexte, histoire de donner du sens à mon geste. Voila pourquoi je me donne le droit de t’écrire. Chez nous, on enterre les morts, on pleure et prie pour leur effacement, et on les oublie par la suite. J’ai voulu communiquer avec toi. Ma plume  demeure le seul élément dont je dispose pour cela.

 Tu es parti. Laissant derrière toi une famille toujours perplexe à l’idée d’y croire. Les yeux du père ne te voient plus. Les oreilles des sœurs ne t’entendent plus raconter des blagues comme tu fus habitué à le faire. Mais les esprits peinent à croire en ta disparition. Notre père se porte bien. Cependant il peine à cerner ses sentiments : un gout d’amertume et de tristesse mélangé à une sorte de fierté de te voir partir avec les conditions qu’on connait, c’est-à-dire un jour du mois béni de ramadan.

 

Au mois de juillet, les résultats et l’atmosphère plutôt désolante dans laquelle le baccalauréat s’est tenu en disaient beaucoup sur la nouvelle forme d’obscurantisme qui sévit dans le système éducatif. Obscurantisme que tu combattais corps et âme lorsque tu servais comme professeur. Quelques semaines plus tard, l’indiscipline  fit des victimes au stade Demba Diop. Tout ceci me rappela qu’en 2008, suite au discours de Gamou de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy, tu rédigeais une chronique titrée « Il faut laver ce pays là ! » . 9 ans plus tard, les prédilections d’Al Maktoum se concrétisaient, avec les meurtres à n’en plus finir. Je pris ma plume pour écrire « laver ce pays, pour un ressourcement purificateur », tout en espérant que les milliers d’internautes qui l’ont lu pourront se procurer l’énergie nécessaire pour donner du sens aux trois urgences : combattre la jalousie maladive, éloigner l’indiscipline des instances et tuer l’oisiveté. Aujourd’hui, c’est les injures qui servent de justificatifs face à l’incompétence des gouvernants. On nous sert ce qui est désigné par le coran comme étant le geste le plus ignoble qui soit : râler à tout-bout-de-champ comme l’aurait fait l’âne pardi !

Face aux inconvenances dictées par ceux là qui peinent à faire émerger ce pays, l’opposition se trouve comme perdue dans les dédales d’un combat qui ne dit pas son nom. Elle reste ce « bloc bloqué » que tu aimais à évoquer avec un ton d’humour. Les « flagrants délits » se multiplient : prise d’otage en la personne du maire de la capitale, expulsion du frère africain Kémi Séba, arrestations suite à des diffusions par des outils de messagerie privé et, pour couronner le tout, un recul spectaculaire de la démocratie, avec la tenue d’élections de la façon la plus injuste et la plus incompétente qui soit. Serigne Moustapha Sy, ce Responsable Moral que tu surnommas le Maitre du Verbe et de l’Esprit, a relancé son engin qu’est le PUR (Parti de l’Unité et du Rassemblement), afin que la justice, le développement et la solidarité soient les mots-maitre et les maitres-mot dans ce jeu de l’échec et de la stratégie. La chose la plus banale en matière d’engagement politique, et pourtant absente dans ce pays, est aujourd’hui la mieux pratiquée par les « purs » : la discipline.    

Quant aux adeptes de la haine et du commérage, ils ne savent plus à quel saint se vouer. Un condisciple me confiait assez souvent : « Quand on a pour centre d’intérêt que le fait de dénigrer une personne sous prétexte qu’elle a commis quelque chose d’illicite, on méconnait le fait que l’on verse dans la chose la plus ridicule qui soit. Le Dieu que je connais, avec ses milliards de galaxies à gérer, est loin d’être quelqu’un qui n’a d’yeux que pour les réquisitoires. Cette personne peut, un soir, faire ses ablutions, prier le ciel de lui pardonner, et se voir, en plus d’un pardon, accordé par Dieu des privilèges immenses. Celui qui disait du mal d’elle rendra compte plus tard devant Dieu de son jugement… » Certains ont cru que « le piroguier » allait voir sa barque chavirer de la façon la plus tragique qui soit, d’autres que la disparition de « Pape Ndiaye » n’allait nullement « frappé » plus d’un. D’autres encore s’attendaient à voir l’étoile de Jupiter ne plus briller parce que partisans des complots médiatiques les plus sournois.

Que n’ai-je pas entendu ? Le « boy » que je suis à leurs yeux n’est pas l’auteur de ses chroniques, qu’on écrit pour lui. D’autres encore soutiennent que le combat pour l’honneur médiatique ne sera pas gagné. Bref, le ridicule ne tue plus. J’ai eu soudainement envie de dire à ceux-ci qu’ils ont parfaitement raison. Je n’ai jamais écrit quoique ce soit. C’est ma mémoire, affiliée à une source d’inspiration digne des enseignements de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy, qui dicte mes moindres mots. Quant à mes maux, c’est mon âme étouffée par la franchise qui dit ce qui gène, pour ensuite l’oublier. Quant à ceux là, ils justifient le fait que je sois à la fois chroniqueur et « anti-presse » . Il faut évoluer dans l’univers médiatique pour se rendre compte de l’absurdité qui y règne. Un autre énergumène est allé plus loin, jugeant que le portail de l’honneur médiatique est un concept qui est loin d’être des fondateurs de Senpresse.com. Serigne Mounirou Sarr, cet érudit de la cour de Maodo, rétorquait : « Nos ennemis jurés sont parfois ceux qui nous ont vu réaliser ce qu’ils considéraient en silence comme leur propre rêve. »

Je te confie tout ceci avec l’esprit aussi limpide que celui d’un enfant. Aucune haine ne me ronge quand j’y pense. Il n’y a que mon esprit qui juge et illustre cela, pour te conter le fait que ce pays a vraiment besoin d’être lavé.  Jadis, ton homonyme, le vaillant Tamsir Ndiaye, s’était battu au point de croupir en prison sur ordre de l’autorité coloniale, pour que l’homme à la djellaba puisse jouir d’un engagement politique distingué avec le P.S.S qu’il avait crée (Parti de la Solidarité Sénégalaise). Hier, notre père faisait partie intégrante de ceux qui ont construit la mosquée d’Ababakar Sy (rta) à Tivaouane. Il y’a moins  d’une décennie, tu écrivais pour que l’on cerne le coté mythique de la personnalité de Serigne Moustapha Sy. Aujourd’hui, je suis celui qui se doit d’accomplir une noble mission : procéder à l’expansion de l’enseignement des sages de la Tijanya, mais aussi de ceux de toutes les confréries ainsi que des grands de l’islam,  en usant d’un geste à la fois rénovateur et sublime. Daouda, l’ainé, Habib, et les autres, veilleront sur mes moindres « faux pas » et n’hésiteront pas à corriger mes envolées juvéniles souvent exagérées, mais dignes. Je prie le ciel de nous accorder un jour ce paradis dans lequel nous pourront continuer à échanger sur « Islam & Négritude » d’Al Maktoum, ce magnifique discours que tu aimais à réciter. En attendant, ce même Al Maktoum, en Homme de Dieu avertit, nous a confié ceci : «  On ne franchit pas deux fois la porte du paradis. » Pour l’avoir, il me faudra donc passer par cet enfer que je suis entrain de subir, et de la façon la plus noble qui soit, puisque ma philosophie reste toujours la même : tout est parfait dans la vie. Les difficultés et autres déceptions portent une grâce immense, et je m’y plais. Elles contribuent à faire de moi un homme au vrai sens du terme.

Saches, au piroguier, que ta barque n’a point chaviré. Elle a juste disparu en haute mer, et refera surface un jour dans une autre sphère. En attendant, ton courage moral et ton savoir immense restent ce qu’on a retenu de toi « Papa Ndiaye ». Pour le reste, il est d’un domaine réservé qui n’a pour centre de rayonnement que l’action de l’ultime juge des juges.

 Repose en Paix Jupiter!

 

  Maam Cheikh

 

Évaluer cet élément
(7 Votes)
Lu 1574 fois

Contact

SENPRESSE Site d'information générales
Adresse contact : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
Service Commercial : 77 459 42 33
 
 

Site Web

http://linguaspirit-international.com/
http://www.piccmi.com/
http://www.asfiyahi.org/
http://mourchidtv.sn/

 

Top
We use cookies to improve our website. By continuing to use this website, you are giving consent to cookies being used. More details…