La polygamie a encore de beaux jours devant elle au Sénégal. Selon le dernier recensement général de la population, la pratique concerne 3 millions d'hommes et 6 millions de femmes. Ce phénomène polymorphe charrie toutefois de nombreuses questions qui vont de la prise en charge des épouses et des enfants à la problématique du logement, en passant par l'éducation des nombreux enfants. EnQuête s'est aussi intéressé au quotidien des familles. Alors que les jeunes filles, dans leur écrasante majorité, abhorrent la pratique.

Sur les 13 508 715 habitants dénombrés par le dernier Recensement Général de la Population et de l'Habitat, de l'Agriculture et de l'Elevage (RGPHAE), 3 millions d'hommes, soit 23% de la population, sont polygames. La proportion chez les femmes est de 6 millions, soit 44% de cette même population.

Le rapport révèle que la polygamie à deux épouses est la forme la plus répandue, puisqu'on observe une moyenne de 2,6 femmes pour un homme polygame. Et pourtant, dans la logique de la théorie de la modernisation devant se traduire par une transition de la fécondité et une convergence vers le modèle de la famille nucléaire, de nombreux auteurs prédisaient, dès les années soixante, une disparition progressive de la polygamie, notamment sous l'effet de l'urbanisation, de la scolarisation, de l'ouverture aux valeurs occidentales, entre autres.

Mais force est de reconnaître que la polygamie demeure plus que présente et intègre des milieux jusqu'ici insoupçonnés. 

En effet, cette étude qui a évalué le niveau et la variation différentielle de la polygamie au Sénégal, en 2013, s'est intéressée à l'incidence, aux variations selon l'âge, les régions et le milieu de résidence, ainsi que le niveau d'instruction selon les résultats de l'étude de l'ANDS. 

Les chiffres

23% DES HOMMES ET 44% DES FEMMES SONT DES POLYGAMES 

Les résultats de l'étude de l'ANDS ont montré que 35,2% des personnes mariées vivent en union polygame. Cette pratique est constatée chez de nombreuses femmes qui ont un niveau intellectuel élevé. Au niveau des régions, c'est Louga qui compte le plus de mariages polygames (40,7%). 

35,2% des personnes mariées au Sénégalais sont des polygames. L'âge moyen à la polygamie est de 43,9 ans avec une entrée plus précoce des femmes (40,4 ans) que des hommes (52,9 ans). Cet écart, selon les experts de l'ANDS, témoigne de la différence d'âge entre les conjoints.

En outre, on constate que la polygamie est relativement plus répandue en milieu rural avec 39,8% contre 29,1% en milieu urbain. Ainsi, elle concerne 23,1% des hommes et 48,6% des femmes en milieu rural, contre respectivement 18,3% et 37,8% en milieu urbain. A signaler aussi que, quels que soient le milieu de résidence et le sexe, la polygamie a diminué par rapport à 2002 où le niveau était de 38,1%. 

La répartition de la population mariée, selon le nombre d'épouses et le rang du mariage, a révélé que, quel que soit le sexe, les monogames sont plus nombreux que les polygames (77% chez les hommes et 56% chez les femmes). Les polygames de rang 2 sont plus nombreux que ceux du rang 3 et 4 ou plus. En effet, 18,3% des hommes et 25,2% des femmes mariées vivent la polygamie de rang 2.

On note une faible proportion de personnes présentes au quatrième rang ou plus. Ainsi, le pays compte 18,3% de polygames à 2 épouses, 3,4% de polygames à 3 épouses, 1,1% de polygames à 4 épouses, et 0,3% de polygames à 5 épouses et plus. La polygamie de rang 2 est plus fréquente à 70-74 ans (30,3%), alors que celles des rangs 3 et 4 les ont à des âges beaucoup plus avancés. 

Les enquêtes de l'ANDS montrent aussi que contrairement aux hommes, la monogamie chez les femmes diminue avec l'âge, témoignant de l'intensité de la polygamie. L'analyse du poids de la polygamie parmi les unions, selon la région de résidence, révèle que le phénomène est plus fréquent, quel que soit le sexe, à Kaffrine (48,1%), Sédhiou (44,3%), Kédougou (43,4%), Diourbel (42,9%), Kolda (41,9%), Kaolack (41,5%), Louga (40,7%) et Tambacounda (37,3%) où on enregistre des pourcentages qui dépassent celui du niveau national qui est de 35,2%. La région de Dakar compte moins de personnes sous le régime de la polygamie (26,4%), du fait, certainement, des contraintes socio-économiques qui influent sur les décisions matrimoniales. 

Le dernier recensement montre aussi que la polygamie diminue avec le niveau d'instruction, variant entre 39,7% chez les non-instruits et 17,1% chez ceux qui ont atteint le niveau supérieur. Elle concerne 27,4% des personnes ayant le niveau élémentaire, 24,6% de celles qui ont le niveau moyen et 21,4% pour le secondaire. Plus surprenant, les résultats révèlent qu'elle touche 24,1% des femmes intellectuelles, dans une société où le mariage est très valorisé. Les hommes intellectuels polygames sont évalués 13,9%.

 

Femmes au foyer 

LA FIÈVRE DE LA DÉBROUILLARDISE

Dans les foyers polygames, la question de la prise en charge des enfants se pose avec acuité, notamment son corollaire : l'éducation. S'y ajoute la problématique du logement. Ainsi, souvent les co-épouses sont contraintes de cohabiter et de démultiplier dans l'intérêt des enfants.

Le Coran est très clair sur les conditions à remplir pour prendre de nombreuses épouses. Et pourtant, dans la pratique, certains Sénégalais n'en font qu'à leur tête. D'où des situations souvent compliquées dans certaines familles. En fait, dans les maisons polygames, le nombre d'enfants atteint souvent un chiffre assez élevé, d'où l'équation du logement. Les plus nantis procurent à chaque épouse un logement.

Ce n'est pas le cas dans certains quartiers où certaines parades sont trouvées, notamment à Wakhinane Nimzatt, une commune du département de Guédiawaye. Dans une des concessions cohabitent trois co-épouses et plus d'une vingtaine d'enfants. Mais chacun suit et à la lettre les recommandations du père de famille, Père Diakité. 

Du haut de ses 70 ans, le polygame soutient que la question du logement de ses enfants relève entièrement de sa responsabilité. Tous ses rejetons vivent dans sa demeure jusqu'à ce qu'ils aient les moyens de s'acheter une maison.

"J'ai plusieurs enfants qui ne vivent plus sous le même toit que moi. Cela se comprend, car ils sont maintenant matures et ont les moyens. Mais à chaque fois que quelqu'un vient me dire qu'il veut déménager, je lui dis qu'il a ma bénédiction, à condition qu'il laisse avec moi sa maman ainsi que ses frères et sœurs. Je trouve inconcevable qu'un père de famille puisse laisser des choses aussi importantes que le logement et la prise en charge de ses enfants à ses épouses, même si elles ont des moyens. Seul un homme peut éduquer un enfant", soutient-il. Il se charge de toutes les dépenses, de la scolarité et de la santé, entre autres. 

"Je prends en charge les enfants de mes co-épouses et gratuitement" 

Autre endroit, autre réalité. A la Cité Soleil, dans la commune de Dalifort, cette co-épouse a décidé de prendre les choses en main. Car elle en a les moyens.

"Il est hors de question que je laisse la prise en charge de mes enfants à leur père. Il faut qu'on aide nos maris dans certaines choses. Depuis que j'ai commencée à travailler, j'ai pris le relais pour certaines dépenses. Je ne le fais pas pour montrer à mes co-épouses que j'en ai les moyens, mais, c'est une aide que j'apporte à mon cher époux. A chaque rentrée des classes, je lui demande de me remettre toutes les fournitures. Des problèmes entre co-épouses ne sauraient manquer, mais sur ce point, on s'accorde", dit cette mère de famille, cadre dans un établissement bancaire de la place. 

Cette dame dans la quarantaine, de teint noir, la mise bien soignée et très coquette, a déjà fait plus de 5 ans de mariage. Plusieurs enfants de ses co-épouses vivent auprès d'elle.

"Sincèrement, chez nous, il n'y a pas de différence en ce qui concerne la prise en charge des enfants et leur éducation. Je fais de mon mieux, sans me targuer de rien du tout. Je les prends tous en charge et gratuitement. Même ceux qui sont des étudiants, ils passent me voir à la fin du mois. Je les force même à se pointer très tôt pour encaisser une enveloppe et avoir de quoi se payer des tickets de restaurant et photocopier des textes", poursuit-elle, sous le sceau de l'anonymat. 

"La solidarité, chez nous, a des limites" 

Phénomène polymorphe, la polygamie offre plusieurs visages et autant de réalités. Ailleurs, c'est chacun pour soi, Dieu pour tous. "Nous vivons dans la même maison et nous sommes trois femmes. Les enfants ont leurs chambres, les garçons comme les filles. Mais à l'ouverture des classes, chacun prend en charge les frais de scolarité de ses enfants. Notre époux n'a plus les moyens de le faire. C'est la raison pour laquelle, à chaque rentrée, c'est la croix et la bannière, car l'éducation coûte excessivement cher au Sénégal", renseigneAïssata Dia.

C'est la deuxième épouse d'un émigré. Avec ses co-épouses, elles n'ont cependant pas de problème d'alimentation et d'habillement. 

C'est la même chose aux HLM, dans une famille polygame. Nogaye* révèle que chaque co-épouse s'occupe de sa progéniture, selon ses moyens. "Chez nous, dit-elle, chaque mère de famille prend en charge et intégralement les frais de scolarité de ses enfants. Si tu n'as pas de grands enfants qui travaillent, tu es obligée de te débrouiller pour trouver l'argent nécessaire. La solidarité, chez nous, ne se limite qu'à l'alimentation et au logement", déclare cette dame vendeuse de légumes au marché de Castor.

 

Seneplus

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