Quand on dit « je », c’est l’égo qui parle. L’égo peut varier d’une personne à une autre, mais sa structure est la même puisqu’il  se nourrit d’identification et de division. La nature primordiale de l’homme (fitra ou intuition) dans l’islam précède l’égo (nafs) à la naissance. Nous sommes tous nés avec une intuition des plus purs. Ainsi, en grandissant, le premier égo qui apparait selon  l’islam est le « nafs al ammàra bissou i’ (âme instigatrice). Les enfants sont égocentriques à l’état pur, par ce que l’empathie n’est pas une qualité innée. Il est donc tout à fait normal qu’un enfant de moins de 3 ans soit incapable de se mettre à la place de l’autre, il voit les choses de son point de vue uniquement.

Beaucoup d’adultes se comportent le plus souvent comme des enfants parce qu’ils restent bloquer au stade du (nafs al ammàra). Robert Bly, auteur et poète American, écrit dans son livre intitulé The Sibling Society : « les américains vivent dans une société  dans laquelle  les adultes restent d’éternels adolescents alors que les adolescents, eux, refusent de grandir. » Il a utilisé le concept islamique du nafs dans son argumentation.

Dans La deuxième dimension du nafs ou « nafs al lawwàma » (ame plaignante), l’âme  ne cesse de se blâmer. Ainsi, l’ego sort de sa nature abjecte et commence à reconnaitre des impératives moraux .Ici le nafs fait toujours le mal, mais il est  conscient de ses propres imperfections .Il a  quitté l’état bestial pour l’état humain ; par conséquent, il se crée une tension entre ces deux pôles.

Le dernier nafs est le « Nafs al-moutma`innal (âme apaisée), sereine car elle repose sur la certitude d'Allah. Sérénité d’ailleurs qui anime tous bienheureux du paradis . Ce qui pousse Seydi El Hadji Malick Sy à dire que seule cette vertu justifierait la recherche de cette demeure éternelle, les mets délicieux, belles demeures et  ravissantes créatures existant déjà sur terre .Alors, dit Maodo, « quand bien même que cette sérénité nous soit promise par le ciel, on pourrait y accéder ici-bas par un travail sans relâche sur nous-mêmes.»

Parallèlement, la psychanalyse Freudienne parle du « ça », qui représente le pole pulsionnel : nos désirs, nos instincts, bref tout ce qui est de l’inconscient. Ce pôle est sans limite et sans interdit. Du ça peut découler une envie de meurtre. Ce qui va faire qu’on ne commette pas cet acte, c’est les barrières du moi et du surmoi. Le ça est ce qui apparait le premier dans la vie d’un enfant. Un bébé est en fusion avec sa mère et avec son environnement. Il n’a pas encore une personnalité à part entière et fonctionne par des pulsions ou par des envies. Quand il a par exemple envie de manger, il ne trouve rien d’autre à faire que de pleurer.
Le moi, c’est toute notre partie consciente, nos traits de caractère, nos valeurs, nos interdits, nos limites que l’on s’impose.Ce moi va apparaitre en général à partir du huitième mois, il est médiateur entre le ça et le surmoi.
Le surmoi, c’est tout ce qui est loi, interdit, tout ce qui ne dépend pas de nous. Dans un premier temps, ce sont les parents qui nous imposent souvent un cadre de référence, puis la société va prendre le relais.

Cependant avoir un égo est normal. Cela est donc logique, incontournable, mais là n’est pas le souci. Le souci vient de notre identification à lui et non de sa présence. La véritable problématique est de se prendre pour lui et de ne pas pouvoir s'en défaire. Le souci, c’est de penser « être » une personne et de la défendre. Plus nous avons d’histoires en nous qui tournent en boucle et plus notre égo prend de la place. L’égo est très subtil, beaucoup plus que la patte de la fourmi sur la pierre dans la nuit noire, nous disent les soufis. Le Prophète de l’islam  nous enseigne que même ceux qui sont dans une pureté des plus sincères sont comme assis sur un volcan, c’est-à-dire qu’un jour à l’autre ils peuvent renouer avec leurs pires pulsions (wal moukhlissouna alà khatarine azim » .

Notre ego a donc plus d’un tour dans son sac même sur le chemin menant vers la spiritualité. Il peut créer l’illusion que nous sommes plus spirituels qu’un tel ou les autres ne sont pas du tout dans le droit chemin. Ainsi, il nous projette une fausse image  qui nous pousse à juger sans cesse les autres.

Dans notre vie quotidienne, nous sommes tous confrontés aux egos surdimensionnés des uns et des autres .Les gens réagissent violemment au moindre désaccord. Dans la circulation, les pires insanités fusent de tout bord à la moindre infraction. La plupart des gens n’ont pas conscience qu’ils agissent tous les jours dans l’ego. Il est difficile de faire sans lui, car nous croyons à tort qu’il est « nous » et nous ne savons pas faire la différence entre « nous et lui » !A chaque fois qu’il est mis au défi, il devient prétentieux, arrogant et impertinent.

Serigne Cheikh Ahmed Tidiane SY dit que l’orgueil chez  les Africains et Arabes est inné ( reuyou fitra), alors que chez les occidentaux il est de nature protocolaire (reuyou protocole). La plupart de nos compatriotes s’identifient à leur nom,origine,ethnie, ou position sociale. On se dit qu’un tel ne doit pas être leader ou dirigeant parce qu’il est de telle ethnie ou de telle origine et ceci quelque soit sa compétence. Ou encore un tel est mon cousin, pourquoi aurait-il un champ aussi fertile que le mien. Alors on cesse toute activité productive pour barrer la route à ce « rival », « ennemi » ou personne « inférieure ». Même arrivé au pouvoir, ce sentiment s’amplifie chez nos dirigeants,  parce qu’érigé en système. Les egos des  états-majors des différentes tendances politiques sont tellement flattés que, chez eux, il vaut mieux mourir plutôt que de perdre le pouvoir.

Mais heureusement que l’égo n’est qu’une  partie de nous-mêmes. Important certes, mais profondément insuffisant pour  notre épanouissement. Nous sommes constitués de quatre plans de conscience : le mental, le corps, l’émotionnel et le spirituel .Dans le soufisme musulman, le processus homme s’étale au delà des trois dimensions terrestres parce que l’homme est en réalité dans une formation qui peut aboutir à un certain moment à une réalité plus universelle. Pirvilayat nous dit que nous devons d’abord faire face à notre égoïsme qui est une caractéristique rétrécie de notre personnalité parce que l’ego de chaque individu personnalise l’univers entier d’une manière unique.

Être humain est un mot composé d’être et humain. L’être est le vrai nous. Celui qui inclut toutes les autres parties de nous-même. Contrairement à l’égo, l’être est accessible dans le présent, il est donc là tout le temps. Seul notre égo et notre non-présence nous empêchent de le voir ou de nous y connecter.

Pour pacifier notre égo, arrêtons de nous identifier à nos possessions, à nos origines, à nos titres, à notre position sociale. Apprécions ce que nous faisons, pour le plaisir de faire, et pour ce que cela apporte aux autres. Apprécions ce que nous avons, mais ne possédons pas. En réalité nous ne possédons rien, nous sommes le gérant provisoire de nos biens. Tous les biens que nous avons aujourd’hui nous abandonneront et deviendront les biens d’un autre. Méditons, posons-nous, laissons notre esprit au repos. Laissez passer nos angoisses, nos peurs, et même les impressions de réussite. Mettons en avant la coopération et non la compétition, comparons-nous à la personne qu’on était avant et pas aux autres. Sommes-nous devenus meilleurs ou pire ? Cultivons davantage l’amour que la haine. Prions autant qu’on peut parce que comme dit Pirvilayat, on doit honorer l’aristocratie de son âme en même temps que la démocratie de son égo.

Mamadou Rassoul  Keita

 coach de développement personnel

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