A regarder le paysage médiatique sénégalais, on se croirait dans une publicité de charcuterie ou dans un film horreur, mais Dieu sait -et les familles des victimes savent pertinemment- qu’on est loin de là, c’est la triste réalité. Après le meurtre du jeune Matar Ba à Grand-Yoff, l’assassinat des deux frères à la cité millionnaire, la découverte macabre d’un corps sans vie d’un jeune pied et mains liés à la plage de Bargny ; les meurtres connaissent au Sénégal une progression assez dramatique. Les meurtres récents de M Fatou M Ndiaye, de Yankhoba Drame, de Khadim Ly, du jeune Antoine de Grand-Yoff, du taximan Ibrahima Samb…en sont fortement et malheureusement la preuve implacable.

La réalité est là et il faut la regarder sans trembler. Il y a cette peur que nous avons les uns et les autres senti et que nous continuons à ressentir après ces évènements. « Pour certains, le présent est instable, l’avenir souvent illisible. » Peu de sénégalais se sentent à l’abri avec les meurtres et les agressions. Ils se disent qu’ils ne suffiraient pas de grand-chose « pour perdre ce qu’ils ont construit pour eux et pour leur enfant. Voilà tout simplement la peur lancinante du déclassement. »

Face à cela, l’émotivité populaire nous préconise l’adoption et l’application de la peine de mort comme solution pour dissuader les fauteurs de troubles. Il faut toujours dire les choses clairement « le Sénégal est un pays laïc, démocratique et social » nous dit la constitution. L’architecture argumentaire de ceux qui promeuvent la peine de mort ne repose sur le seul fait que le Sénégal est un pays à majorité musulmane. Lisez un peu plus loin et là vous conviendrez avec moi qu’on est loin de là. Et même si l’on était dans un pays musulman, Tariq Ramadan affirmait dans son passage à l’émission des paroles et des actes que, « je suis contre l’application de ces peines-là (peine de mort et la lapidation)… J’ai 3 questions à poser aux savants musulmans à travers le monde : que disent les textes ? Quelles sont les conditions qu’il faut pour appliquer ces textes ? Et dans quel contexte social ? » Ils seront nombreux ceux qui disent que la peine de mort doit être appliquée sans pouvoir être en mesure de répondre aux interrogations.  Même si la force et la loi doivent s’imposer et s’assumer non seulement pour garantir la stabilité de l’ordre républicain et par principe de dissuasion mais aussi pour répondre à ceux qui tentent de se substituer à l’ordre républicain,  mais attention, point d’effusion ! La violence n’a jamais été solution durable à un problème. « Loin de moi, de jeter la moindre chape de plomb » sur le débat qui s’impose. Par ailleurs, je pense qu’il faut «se méfier de la rigueur apparente des textes coraniques et prophétiques. » Car comme le dis justement Serigne Cheikh Al Maktoum « avant de penser à l’application rigoureuse des textes, penser à interroger les phénomènes dans une logique spatio-temporelle. » Et en poussant un peu plus loin la réflexion, l’on peut dire que les phénomènes sont mouvants et protéiformes. Et face à la tragédie qui vient de se dérouler, s’interroger est toujours légitime voire nécessaire. S’interroger pour analyser, disséquer et essayer de comprendre et non pas expliquer car expliquer serait essayer de justifier. « Et il ne peut y avoir aucune raison qui vaille. » Par contre, une analyse lucide afin d’apporter la plus forte des réponses s’impose inlassablement :

Primo, je considère qu’une politique mole et sans issue est à l’origine de tout. La volonté politique sénégalaise n’est pas aujourd’hui celle qui prend en compte les réalités et les besoins des sénégalais. Les autorités sénégalaises sont plutôt préoccupées par les échéances électorales et les jeux de dupes.  Dans un contexte marqué par l’insécurité, les autorités sénégalaises devraient urgemment répondre aux contraintes sécuritaires. Ce qui manque fondamentalement à nos dirigeants, c’est une vision, un projet de société propre et spécifiquement sénégalais, pour les sénégalais, par les sénégalais et avec les sénégalais. A cet effet, les politiques sénégalais devraient penser à répondre au chômage qui peut être un des facteurs de prolifération de la chose. Une seule question pour arc-bouter les dires, à quoi servent les ASP dont l’état nous disait que maintenant l’ordre républicain est rétabli ? Répondez à cette question et vous saurez de quoi je parle. Dès lors, on peut affirmer sans détour que l’Etat réagit en lieu et place d’agir.

Secundo, beaucoup de jeunes n'ont comme activité que le fait de faire le thé, regarder et débattre sur les matches et les combats de lutte. Ils sont pour la plupart condamnés au chômage. Ce qui est inacceptable. Face à cette situation et face à la pression sociétale qu’il faut dénoncer avec force, ils voient en l’entreprise du crime la solution alternative afin de subvenir en leur besoins primaires. Et par conséquent, les cambriolages, les bravades  et les incivilités empêchent aujourd’hui la volonté d’entreprendre chez ceux qui veulent participer à l’édifice et lutter contre le chômage. Nombreux sont les projets qu’ont les sénégalais, toutefois le sentiment d’insécurité constitue un traumatisme et un  facteur bloquant de toute velléité d’initiative.

En dépit de tout cela, il m’est difficile de comprendre comment des citoyens veulent que l’on légalise le chanvre indien voir la drogue. Le débat relatif à la légalisation du chanvre indien ou de la drogue fait fureur. Fondamentalement, ma position est celle-ci  et je considère que telle devrait être celle de la majorité des sénégalais sur la question : ce n’est pas le chanvre en tant que tel qui pose problème mais les effets qu’il peut avoir sur l’individu et ce que l’individu sous l’emprise de la drogue est susceptible de faire surtout lorsqu’il est de mauvaise foi.

Tertio, je le dis sans détour, il y a trop de « laisser-aller », de « laisser-faire », de « Mas’lah » et d’hypocrisie. Et comme l’avait dit Barthélemy Diaz il y a quelques années, au Sénégal l’hypocrisie est la première religion. Ce qui lui a valu des critiques acerbes et ce qui sera sans doute mon cas car je réitère ces propos.  Un ami intervenant à sa publication sur l’affaire disait « ce qui me fait le plus mal, c’est quand on assiste à ces genres de scènes, on fait comme si on était surpris alors qu’on sait bel et bien ce qui se passe partout ». En effet, l’on se dit pays musulmans mais c’est dans ce pays qu’est le Sénégal que 24 millions de bouteilles d’alcool sont consommés par an. C’est dans ce pays musulman qu’est le Sénégal que la société cautionne la violence du quotidien en protégeant les fauteurs de troubles, les dealers du quartier. C’est encore dans ce pays dit musulman que les programmes télévisés ou médiatiques s’articulent autour du ludique, du libidinal et du machinal. 

En outre, la parole publique aujourd’hui victime de la manipulation, du mensonge, du non-respect des autres et de la promesse ont fait aujourd’hui que les citoyens se sont détournés de l’essentiel. Le Sénégal est aujourd’hui détourné de l’urgence de l’essentiel pour parler comme Edgar Morin. Peut-on le considérer comme l’actuel agenda médiatique ? Ce qui est sûr, c’est que la lutte, les sujets peoples et autres futilités sont les choses qui constituent le centre d’intérêt du civil. Dans ce sillage, l’on peut comprendre le besoin de chacun de s’estimer (partant de l’analyse de Maslow faite sur les besoins humaines), de se montrer fort, de vouloir venir à bout de tout. « La parole publique est devenue une langue morte ». Et malheureusement, ceux qui devaient le prendre et entreprendre le changement dans ce pays sont appelés à d’autres fonctions (religieuses ou coutumières disent-ils). Le véritable engagement religieux est celui qui consiste à prier la nuit et de se lever le jour pour changer la société comme le faisait le meilleur des hommes.

Par ailleurs, je suis stupéfié par les droits de « l’hommiste » qui s’en pressent à chaque fois qu’il y a ce genre de fait à voler au secours de l’incriminé. Les principes des droits de « l’hommiste » est-elle à géométrie variable. Le soutien doit-il être et aller du côté du fauteur de trouble.

Il faut véritablement rester lucide car à voir leur réaction, je me demande si le mort n’avait-il pas de droit ? Sa famille, ses enfants, sa femme et ses proches n’ont-ils pas le droit que justice soit faite? Y’a-t-il pas d’ordre républicain ?   Par ailleurs, je pense que ce qu’a dit le Président Sall même s’il est a déploré de par la manière peut-être un début de réponse : « veiller à ce que tout assassin passe le reste de ses jours en prison ». En outre, je pense qu’il est temps de poser une assise sur la chose afin de recueillir les différentes propositions qui serviront de réponse aux meurtres.

« Dieu ne change pas ce qui est en un peuple, si ceux-ci ne changent pas ce qui est en eux-mêmes » dixit une formule coranique. Si nous croyons à ce que nous disons, si nous nous réclamons et que nous sommes fiers d’appartenir à ce que nous sommes, c’est-à-dire le pays de la « téranga », nous avons obligation de retourner à nos valeurs, la tolérance, le respect, la discipline, la foi, la patience. Nous devons apprendre, se référer et prendre modèle sur des hommes dignes, sur un homme, celui que le coran dont le coran disait à son propos « il y a dans ce prophète, le meilleur des hommes ».

Le problème du Sénégal est malheureusement comme le dit la citation « l’être humain est né pour être aimé et les biens matériels utilisés. Si le monde est à l’envers, c’est parce que les biens matériels sont aimés et les humains utilisés. » Les gens ont la boulimie de l’argent et du machinal.

Nous voulons un Sénégal des sénégalais, avec des sénégalais et pour des sénégalais. Parce qu’aussi le Sénégal a une grandeur appréciée des quatre coins du globe. Cette grandeur, elle est celle des pères de la république, de Lamine Senghor, d’Alioune Diop, de Valdiodio Ndiaye, de Ngalandou Diouf, de Mamadou Dia… Cette grandeur est aussi celle des résistants, de Cheikh Ahmadou Bamba, des tirailleurs sénégalais, de Lat Dior Diop, d’Alioune Sitoé Diatta, des femmes de Nder et de toutes ces personnes qui non seulement aujourd’hui ont contribué à la construction, à la consolidation de l’Etat-nation à son rayonnement mais aussi auxquelles on s’identifie.

Et Pendant ce temps-là, alors que les meurtres se répètent tout au long du territoire, alors que l’exigence face à la menace reste la même, le débat a été malheureusement piétiné, cédant la place au petit polémique du moment. Cette injustice sociétale, je ne cesserai de le dénoncer à chacune de mes interventions.

Vive la république,

Vive le Sénégal

Mamadou DIOUF

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