L’analyse factuelle suffira. Les contours philosophiques étant moins apréhensibles pour les victimes de ces marchands d’idéologies. La religion est mère de la politique[1] ! Périclès lui-même doit sa démocratie à lares publica, entendue dans son sens premier d’intérêt général. Concept qui appelait à distinguer les divinités individuelles de celles de la Cité. C’est avec l’invention de l’écriture que les grecs ont décidé de se prendre en charge et de créer la politique.Mais retenez bien que politique et religion menaient une cohabitation parfaite à cette époque. Les décisions des gouvernants étant toujours en accord avec la volonté des dieux. Aucune cité n’osait aller en guerre sans l’avis des oracles : c’était une question de survie. Cette cohabitation a résisté bien des siècles après l’introduction du judaïsmeen Grèce par Philon d’Alexandrie. Malgré les persécutions dans l’empire romain, elle (la cohabitation) a repris de plus belle sous l’égide de Constantin[2] qui réorganisa l’Église selon le modèle administratif de l’empire. Une gouvernance salutaire de la part d’un religieux qui a enfanté un model relationnel « particulier » entre l’Église et l’État. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Nicolas Sarkozy lui-même: « les racines de la France sont essentiellement chrétiennes (…). J'assume pleinement le passé de la France et ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Eglise ». C’est cette "particularité" qui entretient sans doute le débat sur le voile intégral et ses dérivés.

Mais venons au Sénégal. Certains auraient, me semble-t-il, besoin d’un petit rappel d’histoire.Senghor était-il chrétien ou sérère ? Une question à prioribizarre, mais pleine d’enjeux. Un ancien élève de CM2 et actuel étudiant en anthropologie des religions vous dira qu’on essaye d’effacer de la mémoire collective des sénégalais l’appartenance religieuse de notre regretté Président, paix à son âme. Nous connaissons tous Gnilane et Diogoye mais occultons grossièrement leur christianité au profit de leur appartenance ethnique. Bizarre !

Vous vous rappelez certainement des prières télévisées du successeur de Senghor pendant la Tabaski et la Korité. Si vous vous êtes toujours interrogés sur sa manière de se courber, de se tenir pendant la prière ou encore sur la confession de sa respectée épouse, vous n’avez pas été les seuls. Pourquoi donc puisque c’est le président d’un pays laïc ? Sa manière de prier ne devrait pas nous interpeler plus que sa capacité à gouverner.Mais naturellement, un dénommé Abdou dirigeant une dizaine de millions de musulmans fussent-ils "démocrates", est attendu par ces derniers à bien marquer ce moment solennel de prière. Tout aussi naturellement qu’ils s’interrogent sur le pourquoi du prénom de sa première dame.

  1. Abdoulaye Wade se réclame mouride. Ceci n’est pas une information, c’est un rappel. Il me semble que nous oublions beaucoup trop vite. Raison pour laquelle nous avons peut-être oublié l’indignation collective lorsqu’il a avoué ayant appartenu à une loge maçonnique. Pourquoi autant d’inquiétudes puisque les croyances se valent aux yeux de la constitution ? Ce n’est pas non plus de la faute de la religion si l’esprit du sénégalais ne fonctionne pas sous "greffe constitutionnelle". Il est évident qu’être franc-maçon n’a pas la même consonance qu’être affilié à une confrérie au Sénégal.Mais pourquoi ? Parce que nous sommes des religieux ! Demandez au Président Sall où il en est avec le statut des chefs religieux. Sont-ils devenus des« citoyens ordinaires » ou pas encore ?

La vérité est qu’au Sénégal les religieux ont toujours fait mieux que les politiques. Pendant que ces derniers couraient derrière un siège au palais Bourbon, les premiers sont restés au pays préservant efficacement ce que le peuple sénégalais a de plus cher : ses croyances, sa culture et sa dignité. Aujourd’hui, Saint-Louis et Dakar sont plus musulmanes que coloniales et Seydi El Hadji Malick Sy y est pour quelque chose. Le Baol incarne et diffuse un nationalisme intact à travers tout le Sénégal grâce à Cheikh Ahmadou Bamba.La Casamance citera sûrement Aline Sitoé, prêtresse du culte animiste Kassarah. Quel politique a fait pareil ? Je vous laisse réfléchir.

C’est justement cette efficacité qui manque à nos institutions. C’est ce qu’ont toujours compris nos chefs religieux. Serigne Fallou Mbacké et Serigne Babacar Sy ont toujours orienté Senghor, Serigne Abdoul Ahad Mbacké et Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh ont joué un rôle majeur dans la stabilisation du pays. Seulement, il y a des limites dans cette manière de faire. C’est de ne pas être écouté par le Président. Donc que faut-il faire si l’on n’est pas d’accord avec ses idées ? Serigne Cheikh Tidiane Sy a répondu par l’engagement. Refuser l’idée qu’un religieux puisse s’engager en politique revient à renier son droit le plus absolu, celui de citoyen modèle. Nous devons être cohérents dans notre manière de voir. Ils sont soit des citoyens "extraordinaires" avec toutce que cela comporte d’égards, soit des « citoyens ordinaires » et libres de diriger des partis autant que les politiques.

Au Sénégal, nous avons un problème avec l’objectivité. Nous avons toujours les esprits colonisés. Ce qu’il faut savoir et assumer c’est que l’occident qui nous sert de miroir entrevoitactuellement les limites de sa politique. Cette valise idéologique que nous gardons jalousement à défaut de la ranger au musée des antiquités de l’IFAN.

Il est temps que nous sachions que le problème vient du système et non des individus. Pourquoi sinon ceux-là même qui ont organisé la sécularisation avoueraientavoir besoin à nouveau de la religion qu’ils avaient chassée du champ politique ?L’enjeu se décline en termes de pouvoir et de suprématie. Ils préfèrent que l’individu s’identifie davantage à la politique qu’à la religion. Autrement dit, ils veulent que nous soyons plus militants que croyants. Ils savent que la religion renforce la dignité de l’homme. Celui-ci ne serait désormais point mobilisé et instrumentalisé à des fins personnelles. Ce dont ils ont peur, ce n’est pas la fin supposée à tort de la démocratie, mais plutôt le pouvoir instructeur des hommes religieux. Parce qu’à y voir plus clair, le système institutionnel n’est pas aussi libre qu’il n’y paraît. Pourquoi donc sept "sages"auraient-ils validé un « avis » contre la constitution ? Le kadi Madiakhaté Kala aurait, à lui seul, assuré dignement le travail du conseil constitutionnel. Et pourtant, c’est un religieux des plus distingués.Ils ont peur de perdre leur pouvoir manipulateur et nous utilisent comme relais dans leur entreprise diabolique. La Pureté et la Vérité dans le champ politique signifient la fin des politicards.

Réveillons-nous tant qu’il est encore temps !

Aboubakr

 

[1] Politique héritée de la Grèce antique

[2] Premier roi romain chrétien

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