A première vue, l’Afrique et l’Etat moderne –du moins au sens de la philosophie des Lumières- ne font pas bon ménage. Loin de là même ! Les années de souverainetés nationales s’égrènent au fil des coups d’Etat, génocides et heurts frontaliers. A cette enseigne, il est aisé de concevoir l’Etat moderne et ses corollaires de vertus (Démocratie, Transparence, émancipation de la Femme, égalité des Hommes…) comme exogènes à l’art du gouverner africain. Que nenni ! Rien qui vaille comme tel. Toutes ces qualités louées sont autant africaines, ce depuis belle lurette, et même bien avant les Lumières du 18e. L’Egypte ancienne ? Certainement oui ! Mais l’héritage pharaonique a perduré jusqu’aux environs du 13 e siècle en Afrique Subsaharienne par des organisations socio-politiques dont le socle culturel s’est érigé en une prolepse aux questions de la bonne gouvernancemais encore à celles de la dialectique Genre et Pouvoir.

L’ART DE GOUVERNER AFRICAIN, UNE BONNE GOUVERNANCE?

A en croire la réalité actuelle du pouvoir, le népotisme, la dictature, la boulimie sont les maitres-mots en Afrique. D’aucuns considèrent que la monarchie absolue est un système traditionnel dont l’Afrique tarde à se libérer. Ainsi, par exemple le fameux terme «Buur» serait bien évocateur de ce féodalisme historique. Toutefois, se limiter à ce vocable sans tenir compte de son emploi dans les maximes (principes moraux et civiques) consisterait à se méprendre sur la signification qui sied.

D’ailleurs, la mémoire wolof ne dit-elle pas « FalBuur, foliBuur ».Ce qui montre que la destitution était un procédé des plus naturels  juxtaposé à une mauvaise conduite du souverain. Au-delà, la tournure impersonnelle de la périphrase présage de la dimension institutionnelle d’une telle destitution. Un autre adage sur le pouvoir : « BuurdouMbok ». A ce propos, le Pr SaliouKandjiprôneque cette réflexion a été biaisée notamment par la popularisation d’une interprétation erronée des quatre touffes de KoccBarma. De ce fait, le fameux « Buurdoumbokou » en lieu et place d’une traduction comme quoi le souverain est perfide et sans convictions, signifierait que celui-ci doit être impartial vis-à-vis de ses sujets car il est « la mère du peuple » -le « NdeyDjiRéew » chez les lébous- c’est-à-dire celui qui le représente sans faction aucune.

De surcroit, qu’en dira-t-on des livres de sagesse des souverains africains si l’on sait que Platon dans la République préconisait ce qui à son gout relevait de l’utopie-que les rois soient philosophes ou que les philosophes deviennent rois -? Thierno Souleymane Baal n’a-t-il pas donc inscrit en lettres d’or ses recommandations pour la bonne gouvernance ? KoccBarma, le plus grand philosophe wolof n’était-il pas un homme de pouvoir, le Lamane (premier ministre) du royaume Cayor ?

Par ailleurs, quant à l’égalité des hommes, des textes tels que la charte du Mandé ou encore celle du KurukanFugan en ont fait leur sacerdoce. D’ailleurs, il y a lieu de dire que dans les origines de la société wolof, il n’y avait pas d’esclave (au sens de bien meuble sur lequel s’exerce un droit réel) dans la mesure où le terme « Jaam » renvoie à un proche parent, l’enfant de la tante paternelle. Ma foi, nos cérémonies traditionnelles à base de « ndawtal » nous l’enseignent au quotidien !

 

GENRE ET POUVOIR, UNE INCOMPATIBLE DIALECTIQUE ?

Dans les sociétés traditionnelles africaines, l’expression émancipation de la Femme ne trouve pas bon écho. Oui, tout à fait !  En ce sens que leurs cosmogonies ont, depuis la nuit des temps, placécelle-ci aux cotés de l’homme et même d’aucuns y verront une prééminence du féminin par la consécration du matriarcat dans les us et coutumes. Cependant, l’image des deux mains constitue la métaphore la plus probante de l’égalité des genres : « càmmoñ »(main gauche) - qui vient de « càmmiiñ » c’est-à-dire l’homme bienveillant envers la femme-  représente le masculin et « ndeyjoor » (la main droite) le féminin; l’une ne vaut pas plus que l’autre. De plus, la liberté était une vertu asexuée reconnue à tous de telle sorte que chacun, homme ou femme soit un « gorr » (par opposition à l’expression Droits de l’Homme). Au plan du mariage, la femme détenait au même titre que l’homme un droit de rupture unilatérale comme en atteste l’adage qui suit « Kouaamseyyukay, aamfayukay ». Pour ce qui est de la participation à la vie citoyenne, l’article 16 du KurukanFugan, charte édictée en 1236 après l’historique bataille de Kirina, dispose à bon droit : « Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes doivent être associées à tous nos Gouvernements».

Mieux, la femme est au cœur du pouvoir : « ndjitndeyiséekh la ndjakhaannaylayteudei !» (Le dirigeant est une mère de jumeaux qui se couche sur le dos).A cet égard, la figure de la femme semble être tutélaire de la gouvernance au point que, comme tantôt évoqué, l’on parlera de « mère de la nation » au lieu de «  père de la nation » (concept patriarcal des civilisations occidentales). C’est peu de le dire, Simone de Beauvoir, chantre du Féminisme contemporain, se plairait bien dans la société traditionnelle subsaharienne en ce que sa quête de l’émancipation y est non pas un acquis mais la cheville ouvrière d’un édifice social depuis des lustres.

Ousseynou Thiombiano

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